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La latéralisation : plus complexe qu'il n'y paraît

Articles >  Chevaux de compétition



Il est consensuel d'admettre aujourd'hui qu'une forme de latéralisation existe chez le cheval. Mais cette latéralité reste très relative, en général peu marquée et parfois inconstante. Il serait plus exact de parler d'asymétrie - celle-ci n'étant pas toujours, comme on a tendance à le dire, à prédominance gauche...
Nous savons que chez l’homme, un droitier ne peut pas effectuer certaines tâches (l’écriture notamment) avec sa main gauche sans s’être longuement éduqué ou rééduqué, et qu’un gaucher doit être « contrarié » très tôt pour pouvoir écrire de la main droite. Chez le cheval, la latéralisation est relative et ne rend pas impossibles certaines tâches. Elle les rend simplement - mais indéniablement - plus difficiles, et de ce fait, plus imparfaitement exécutées. Nous savons que la latéralité résulte d’une prédominance d’un hémisphère cérébral sur l’autre. Chez le cheval, cette éventuelle prédominance semble avoir des effets beaucoup plus limités, du fait même de la non-utilisation des membres antérieurs pour des tâches préhensiles notamment, la latéralité existant au niveau
cérébral n’ayant donc pas l’occasion de s’exprimer de façon prégnante. En effet, le cheval ne se sert jamais de ses membres antérieurs pour saisir un objet, contrairement à d’autres animaux qui le font (les singes, bien sûr, mais aussi les écureuils, ou même certains chats très adroits qui arrivent à porter un morceau de viande à leur bouche avec la patte.) Pour saisir ou ramasser, le cheval se sert uniquement de ses lèvres, souples, mobiles et préhensiles. En revanche, ses membres antérieurs lui servent parfois pour repousser un objet, le déplacer ou l’attirer à lui. Et pour cette tâche, il semble bien se servir indifféremment du droit ou du gauche.


La théorie du «cheval gaucher»

Il est clair toutefois que la plupart des chevaux ont un côté préférentiel, et s’incurvent plus facilement de ce côté. Le Dr Vétérinaire James Rooney estime que la majorité des chevaux présentent une prédominance de l’hémisphère cérébral droit, ce qui accréditerait la théorie de leur latéralisation à gauche. Pourtant, il n’apparaît pas réellement possible de calquer le fonctionnement de notre cerveau sur celui du cheval car dans cette hypothèse, un cheval travaillant en symétrie (ce qui est quand même assez souvent obtenu lorsque le dressage est bien conduit) serait devenu totalement ambidextre. Les choses ne sont donc pas si simples.
« La position foetale du poulain dans le ventre de sa mère n’est pas aussi déterminante qu’on le dit »

La théorie du cheval « gaucher » est largement accréditée par des assertions logiques et bien connues. Dans la majorité des cas, le poulain est couché sur la gauche dans l’utérus de la jument. Une fois né, il se tient fréquemment à la gauche de sa mère et tête donc en tournant la tête vers la gauche. Par ailleurs, le cheval est habitué par tradition à être tenu par le côté gauche (le côté montoir), et ce depuis des siècles (au Moyen âge, le cheval de guerre était appelé destrier, ce mot venant du mot « destre » qui désignait
la main droite). Les chevaux de culture
étaient dressés à tourner toujours à gauche à la fin d’un sillon…

« Le cavalier, qui est latéralisé, est lui-même souvent asymétrique dans sa selle »
Si le cheval a été toujours habitué à être légèrement tourné vers la gauche, c’est en grande partie parce que l’homme est le plus souvent droitier. Mais cet argument n’est d’ailleurs pas suffisant pour expliquer une éventuelle latéralisation à gauche : un enfant tenu de la main gauche par sa mère droitière ne devient pas automatiquement gaucher… Tout au plus peut-on postuler que le côté gauche a été davantage assoupli par l’habitude, prise dès la première mise de licol, d’orienter le cheval plutôt vers la gauche.



Lorsque l’équitation se latéralise…

Un des principes de base de l’équitation est celui de la rectitude. Cette rectitude pouvant bien sûr exister en dehors de la ligne droite : le cheval harmonieusement
incurvé sur une volte est droit, alors celui qui se traverse sur la ligne droite ne l’est pas. Nous demandons au cheval de travailler de façon compètement régulière aux deux mains, ce qui évidemment, n’est pas naturel. Tous les grands maîtres ont parlé dans leurs écrits des difficultés rencontrées avec des chevaux qui se ployaient plus facilement à une main ou à une autre. Nous avons tous remarqué qu’à une main donnée, il y a des exercices qui passent… et d’autres qui coincent ! Et si le cheval semble exécuter plus facilement une figure vers la droite ou vers la gauche, c’est encore, dans bien des cas, parce que son cavalier a plus ou moins de facilité à appliquer ses aides d’un côtéque d’un autre… et que lui-même est très souvent assis de façon asymétqiue sur sa selle, induisant ainsi l’équivalent d’une « aide » de poids du corps dont il n’a pas conscience.

« Certains chevaux changent de latéralisation du jour au lendemain ! »

Le Dr Vétérinaire Thierry Fuss se consacre actuellement à une étude sur la latéralité du cheval. Dans ses premières conclusions, il lui apparaît très clair que les chevaux sont en
grande majorité latélarisés et souvent droitiers. « Le cheval droitier est incurvé à droite naturellement, explique- t-il, son nez va à droite, il se traverse à droite, mais, il reporte son poids sur l’épaule gauche, et ses postérieurs se traversent à droite. En fait, il pousse moins à droite mais engage plus son postérieur droit. Sur la volte à droite il a tendance a s’échapper vers l’extérieur, alors qu’à gauche il tend à tomber sur l’épaule intérieure tout en diminuant le diamètre du cercle. À la consultation de dentisterie ou d’ostéopathie on doit chercher à faire la part des choses entre ce qui est lié à la tendance naturelle du cheval et ce qui est lié à un éventuel problème de bouche ou locomoteur; tout en sachant que les signes de latéralisation ne sont pas forcément tous présents et que la
latéralisation du cavalier et ses éventuels problèmes ostéoarticulaires peuvent aussi brouiller les pistes. Cela ne facilite pas l’interprétation, d’autant que certains chevaux
changent de latéralisation du jour au lendemain! » En effet, des raideurs peuvent aussi apparaître transitoirement d’un côté à la suite d’un travail excessif ou mal équilibré. Différentes boiteries sont d’ailleurs susceptibles de survenir à la longue parce qu’un diagonal serait plus faible que l’autre. Et parmi ces chevaux dits asymétriques, la majorité
(environ 70 %) seraient droitiers.


Observer le cheval hors travail.

Il a beaucoup été dit que l’observation du comportement du cheval « hors travail » pouvait renseigner sur sa latéralité : ainsi serait gaucher le cheval qui tourne toujours vers la gauche pour venir vers son cavalier ou aller à sa mangeoire, qui oriente plus
 souvent sa tête vers la gauche pour brouter, ou dont la crinière tombe du côté gauche de l’encolure. Ces assertions sont évidemment discutables
puisqu’il est impossible en l’occurence de déterminer la part d’une latéralité « innée » de celle qui est acquise par les simples habitudes citées plus haut. Quant à la crinière, nous savons que chez le cheval entier, par exemple, elle entraîne volontiers le chignon du côté où le cheval est le moins musclé… ce qui renvoie à la nécessité du travail éxécuté de manière symétrique. D’où l’intérêt d’un dressage mené en toute connaissance de cause, de manière aussi égale que possible… sauf si une latéralité marquée impose de muscler ou d’assouplir davantage un côte que l’autre. C’est alors de la compétence du bon dresseur… 

Marie-Claire Billon

Chevaux et Poneys magazine

Article publié le 27/01/2009 par chevauxetponeys


 






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