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La dyade cheval-cavalier : allier performance et bien-être

Articles >  Chevaux et Poneys Magazine



Du du 6 au 10 Août dernier a eu lieu à Dublin, pour les professionnels et les amateurs de sports équestres du monde entier, le fameux Failte Ireland Dublin Horse Show. Cette année, cette prestigieuse manifestation apportait son soutien au 4ème congrès de la toute jeune International Society for Equitation Science, congrès satellite de celui de l'ISAE (International Society for Applied Ethology).
Nelly Valère, collaboratrice de Chevaux et Poneys Magazine, faisait partie des intervenants.
Chevaux et Poneys Magazine : Nelly Valère, pourquoi avez-vous été amenée à intervenir dans ce congrès ?

Nelly Valère : Le nom de la société organisatrice (ISES) a immédiatement retenu mon attention : il y avait là deux mots clés : « équitation » et « science ». J’ai également été interpellée par le thème de ce 4ème congrès qui allait se tenir à Dublin : «La dyade homme-cheval : comment améliorer notre conception de l'entraînement du cheval en alliant performance et bien-être ».

CPM : C'est un effectivement un thème très actuel…

N. V. : Certes, mais c'est pour moi avant tout un sujet d'avenir pour l'équitation, et en même temps l'occasion d'un retour nécessaire aux sources d'un art que de grands Maîtres ont codifié depuis des siècles, se basant sur l'expérience et la réflexion, en des temps où du bon dressage des chevaux dépendait la survie des hommes.

CPM : Avez-vous trouvé un écho à vos propres conceptions dans ce congrès ?

N. V. : La recherche d'une heureuse harmonie au sein de la dyade homme-cheval au travail a bien sûr été le fil conducteur de ce congrès ; tous les sujets ont été abordés de manière scientifique, les conférenciers étant à 95 % des chercheurs, la plupart de renom international, venus de tous les continents. Les connaissances en anatomie, biomécanique, physiologie, comportement, ont éclairé les sujets abordés (par exemple : cardiologie et transport, effets du stress en apprentissage, comparaison de méthodes d'entraînement, stabilité et asymétrie du cavalier, réponses réflexes de l'encolure, selles, pieds nus, brides sans mors, bien être et santé, vision en couleur, mémoire à court terme etc.). Quelques entraîneurs et cavaliers ont fait part de leur expérience et deux sessions pratiques ont abordé le problème des «gadgets » tels que les enrênements ; la démonstration d'une jeune handicapée a particulièrement ravi l'assistance.



CPM : Vous avez parlé d'un nécessaire retour aux sources : cet aspect a-t-il été souligné par les intervenants ?

N. V. : Le premier orateur, Eric Smiley, cavalier de Complet de niveau olympique (Atlanta et Barcelone) avait, en introduction, souligné le fait que, si les méthodes d'entraînement ont évolué, les chevaux, eux, sont restés les mêmes depuis des millénaires, et qu'il est bien dangereux pour le cheval comme pour l'homme de prendre des raccourcis en imposant une pression mentale et physique pour des médailles à tout prix : «Le cheval est un animal généreux qui essaie de faire plaisir si on lui laisse une chance... la question est : est-ce que l'entraînement et l'équitation d'aujourd'hui lui laissent cette chance ? » Lorsque, l'après-midi sur le terrain, il a été question de pratique, il n'a pas manqué d'appuyer l'intervention du Dr Gerd Heuschmann, vétérinaire bien connu pour ses protestations contre la Rollkur et autres méthodes coercitives, en insistant sur la nécessité d'une bonne main attentive à la liberté de la mâchoire et de l'encolure. Je précise qu'il reprenait ainsi l'article 83 du règlement de la FEI de 1932 disparu aujourd'hui, qui stipulait qu' «une légère mobilité de la mâchoire à toutes les allures est la
garantie de la soumission du cheval et de la répartition harmonieuse de ses forces ».

CPM : Voilà effectivement un retour aux sources qui a dû vous faire plaisir…

N. V. : J'ai applaudi en effet et manifesté mon approbation, puisque le sujet que j'avais proposé au comité directeur du congrès avait trait à la technique d'une équitation « au poids des rênes » rendue possible par la mobilité de la mâchoire, et que ce sujet avait été retenu pour une présentation par poster.

CPM : C'est un sujet que vous avez eu l'occasion de développer à plusieurs reprises, à Saumur d'abord pour le Xème colloque de l'ENE en 2007, et à l'occasion de la foire de Golega au Portugal en novembre de la même année.

N. V. : Oui. Mon objectif était alors de sensibiliser les vétérinaires et les chercheurs à une technique équestre dont les tenants assurent qu'elle respecte l'anatomie et la physiologie des chevaux, tout en optimisant leur locomotion, donc leurs performances.
Il y a aujourd'hui beaucoup d'argent dépensé pour la recherche en biomécanique équine (aux USA, en Europe, en Australie) mais cette recherche ne s'applique qu'aux méthodes actuelles d'équitation, et il s'avère que les conclusions tirées de ces recherches sont souvent en contradiction notoire avec les fondamentaux de l'équitation des grands Maîtres du passé. Il serait donc intéressant d'examiner à la lumière de la science moderne l'expérience décrite dans la littérature équestre, de mettre en oeuvre ces techniques afin de vérifier leur véracité et leur efficacité.

CPM : Avez-vous réussi à sensibiliser ces milieux scientifiques?

N. V. : J'ai été invitée, grâce au docteur Desbrosse à présenter une conférence sur la cession de mâchoire comme thérapie devant les membres de la commission de Médecines Non Conventionnelles de l'AVEF (Association des Vétérinaires Equins Français) en octobre dernier, et ce sujet a été retenu, parmi les 300 candidatures, pour le congrès ISES de Dublin comme pouvant contribuer au bien-être des chevaux et à l'harmonie du couple homme-cheval. Je dois dire que les principaux acteurs de ce congrès se sont montrés particulièrement intéressés, soit qu'ils aient été initiés à cette forme de culture équestre ou à sa pratique (Frank Odberg, Eric Smiley, Andrew McLean, G. Heuschmann),
soit qu'ils aient découvert là un pan du savoir équestre qu'ils ne soupçonnaient
pas (A. Warren-Smith). C'est encourageant.

CPM : Quelles suites espérez-vous de ce congrès?

N. V. : Un essaimage dans tous les pays où le cheval redevient l'inévitable compagnon de l'homme, un travail d'éducation et de sensibilisation à la culture équestre, une incitation à la recherche scientifique… Mais sans jamais oublier que l'équitation est un art dont il convient de connaître et de respecter les bases expérimentalement établies.

Chevaux et Poneys magazine

Article publié le 27/01/2009 par chevauxetponeys


 






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