| |


|
|
Comprendre le hennissement
Articles > Chevaux et Poneys Magazine
Le hennissement fait partie du corpus expressif des équidés, en soutien et en complément du langage corporel. Il peut revêtir une multitude de
formes et de significations. Comprendre la voix du cheval est donc un pas nécessaire sur le chemin de la communication...
Le cheval, à la différence de l’homme, ne dispose pas d’un « langage » élaboré qui lui servirait à formuler, puis à exprimer des « pensées ». Mais, à l’instar de l’être humain, il sait se servir de son appareil vocal dans de multiples cas de figure et donner de la voix pour communiquer. Le cheval hennit toujours pour quelqu’un, dans le but d’établir un contact ou d’affirmer sa présence. Cette fonction du hennissement secomprend aisément si l’on considère la nature profonde du cheval, animal vulnérable, proie des carnassiers, et donc fondamentalement animal de troupeau, ayant développé un instinct
grégaire avancé. Dans ce contexte éminemment « social », le langage corporel (attitudes de la tête et du corps, regards, gestes, mimiques des lèvres, mouvements des oreilles…) et les signaux olfactifs constituent le mode de communication essentiel dans l’éthogramme du cheval. Mais le hennissement trouve sa place dans les mécanismes de la communication à distance, garante de la survie et de l’intégrité du groupe. Il permet à ce dernier de se reconnaître et de se retrouver, de pouvoir sans cesse se situer, et de pouvoir faire bloc contre l’ennemi… Le cheval est particulièrement attentif à tout ce que manifestent ses congénères, et possède une ouïe fort fine - il est capable d'identifier une souris dans la paille à cent mètres, ou de distinguer des sons dont l'intensité ne varie que d’un décibel. Le contact de l'homme a enrichi et modifié l’expression vocale du cheval, développant l’utilisation des signaux secondaires
« Le contact de l’homme a enrichi et modifié l’expression vocale du cheval »
(impatience vis-à-vis de la nourriture, par exemple), et atténuant (sans toutefois les supprimer) les messages d'alerte ou de mise en mouvement liées à des situations que le cheval domestiqué ne connaît plus. Cela n’empêche pas deux chevaux séparés de se faire littéralement signede la voix, ou un étalon de retour de promenade de clamer « à la
cantonnade » son retour dans la cour du club. L’instinct de troupeau n’est jamais bien loin…

Le hennissement au coeur d’un faisceau de signes
En dehors du « hennissement d’appel », à pleins poumons lors d’une séparation ou de l’« appel de contact » sur le mode du frémissement, il existe chez le cheval une multitude de sons, auxquels il est difficile de donner une signification précise. Car ils sont avant tout liés à un contexte, à l’âge et au sexe du cheval (voir Typologie ci-contre), et ce n’est qu’en tenant compte de l’ensemble de ces paramètres que l’on peut tenter de les interpréter. Le cheval n’utilise pas à proprement parler un langage vocal, ce qui supposerait la combinaison de signes déterminés au sens fixe. Ainsi une même série de « notes » pourra signifier tout autre chose chez un étalon ou chez une jument.
« Contrairement à certains animaux, dont les cris ont un caractère systématique et réflexe, le cheval utilise sa voix avec parcimonie »
La zoosémiotique (de zoologie, science de l’animal et sémiotique, science des signes) étudie la communication animale. C’est une partie importante de l'éthologie, mais aussi de la sociobiologie et de l'étude de l'intelligence animale. Si nous, humains, pensons d’abord voix quand nous pensons communication, l’expression animale revêt de nombreuses formes qui sont aussi bien visuelles, qu’olfactives, chimiques, acoustiques ou encore tactiles.... Le cheval est fortement sensible à l’environnement et aux événements, et y réagit en émettant un certain nombre de signaux, parmi lesquels le hennissement. Mais globalement il n’est pas un grand bavard. À la différence de certaines espèces animales dont les cris semblent parfois revêtir un caractère systématique et réflexe, le cheval donne de la voix à l’économie, et de façon toujours sentie.
Le cheval par exemple, ne hennit pas pour exprimer sa douleur ; il ne gémi pas non plus lorsqu’il se blesse ou qu’on lui fait mal. Mais un cavalier avisé saura voir dans l’apparition de tensions ou de mécanismes de défense la gêne peut-être occasionnée par un mauvais emploi des aides... De même, au risque de se départir d’un peu de romantisme, il faudra
sans doute se résoudre à penser que le cheval ne hennit pas pour exprimer sa « joie ». Mais plutôt, lorsqu’il réagit à l’arrivée de son dresseur un seau à la main, qu’il exprime une satisfaction immédiate en vertu du stimulus positif de l’apparition, dans son champ de vision, d’une pitance qui lui est très certainement destinée ! En matière de communication, il faut se garder de projeter un fonctionnement humain sur une réaction animale. L’homme, que sa nature pousse sans cesse à interpréter tout signal comme un message, est guetté par l’anthropomorphisme…
Plus que la voix, c’est la façon de hennir qui varie
Physiologiquement, le mécanisme de l’émission du son est le même chez le cheval que chez l’homme . En revanche, la voix équine ne se caractérise ni pas une multitude de timbres, ni par toute une gamme de tessitures - voix de « basse », « ténor », « soprano »... Il n’y a pas de voix féminines ou masculines, et il n’y a pas non plus de mue.
Le poulain a une voix plus aigüe simplement parce que ses cordes vocales sont plus petites, mais elles ne grandiront pas au point d’engendrer un changement de registre. La jument, le hongre ou l’étalon pos sèdent bel et bien une même gamme de notes et de tons.

« Chez le cheval, il n’y a pas de voix féminine ou masculine ; il n’y a pas de mue »
Si la voix en tant que telle ne varie pas d’un cheval à l’autre, c’est la façon de hennir qui varie : puissance, fréquence, modulation. Chaque individu s’exprime en effet selon sa place ou le rôle qu’il serait supposer jouer dans le troupeau, et selon les circonstances. Les étalons ont tendance à hennir abondamment, et puissamment ; ils marquent ainsi leur position de dominants, tout en défiant les éventuels rivaux et en rassemblant leur harem. La jument hennit immédiatement en direction du foal qui s’éloigne. Le cheval sait parfaitement interpréter ces différences, « à notes égales », entre le hennissement d’une jument, d’un rival, d’un jeune ou d’un subordonné dans la hiérarchie. Il sait avec qui il communique. Combien de chevaux au pré continuent à « appeler » jusqu’à ce qu’ils obtiennent la réponse attendue, en ignorant totalement les signes émis par les voisins ? Le sens de ce que nous (se) disent les chevaux ne figure donc sans doute
dans aucun dictionnaire du hennissement. Mais bien plutôt dans l’observation patiente des situations et des comportements, en tenant compte de l’individualité de chaque animal, et de l’association permanente du son à toute une série d’autres modalités d’expression.
Joséphine Bataille.
Photos : Agence Albran, Laetitia Bataille

|
|
|