| |


|
|
Flash sur le Fjord
Articles > Races de chevaux
Cette race est l'une des plus intéressantes, des plus anciennes et des plus pures du monde. Ce poney d'une grande beauté, qui ne ressemble à aucun autre, possède une forte personnalité ; il est un rien fantasque mais toujours d'une grande douceur...
Race autochtone norvégienne, le Fjordhest cheval des fjords » était autrefois appelé Vestlandshest «cheval des régions de l’ouest » ou encore Nordfjordhest (cheval des fjords du nord). Comme ces noms l’indiquent clairement, il s’est développé à l'ouest de la Norvège dans la région des grands fjords, à l’ouest d’Oslo, entre Stavanger, Bergen et Trondheim. Les reliefs accentués de cette région ont forgé un petit cheval de montagne adroit, expressif et têtu, d'une résistance étonnante, d'une sobriété extrême, adapté aux transports et aux travaux agricoles dans les terrains difficiles. La race Fjord serait d’origine russe ou mongole, dérivant notamment du cheval de Przewalski avec lequel il montre de nombreuses ressemblances physiques. Les ancêtres du Fjord ont probablement migré de l’Asie vers le nord de la Scandinavie il y a plus de quatre mille ans, et y auraient été rapidement domestiqués et élevés de façon plus ou moins sélective.
Une des races les plus pures du monde
Les poneys norvégiens ont inévitablement reçu, au cours des siècles, quelques infusions d’autres sangs mais il semble que celles-ci n’aient laissé pratiquement aucune empreinte sur cette race génétiquement très dominante, qui est aujourd'hui considérée comme pure. Curieusement, il semble que le Fjord n’ait pas été mélangé avec l’autre race autochtone de la Norvège, le Döle Gudbrandsdal, originaire de l’est du pays, proche de la frontière suédoise, et essentiellement marqué de sang Frison. Sans doute à cause des reliefs accidentés de l’ouest du pays, le cheval des Fjords s’est reproduit dans son berceau de race. Ce qui ne l’a pas empêché d’influencer diverses races équines étrangères: montures des Vikings, les Fjords ont en effet marqué de nombreuses races de chevaux de trait et de poneys, notamment le Highland, l’Exmoor, et le poney islandais originel. La tapisserie de Bayeux montre clairement l’arrivée des envahisseurs remontés sur de petits chevaux de robe isabelle.
Une race attentivement sélectionnée
Les tout premiers Fjords ne toisaient qu’environ 1,30 m au garrot. La sélection a augmenté la taille, et fixé les robes isabelle et souris comme seules admises. Un programme réel de sélection a été débuté vers le milieu du XIXe siècle, notamment avec la création en 1843 du Haras National de Hjerkin, dans le but d’améliorer la race, qui à l’époque était utilisée pour l’agriculture et les transports, jouant un rôle très important dans la vie du pays. Parmi les étalons chefs de lignée, on peut citer Rosendalborken 18, né en 1863, qui, présenté dans une exposition à Hambourg, laissa une très forte impression; et le fameux Njal 166, né en 1891, à la robe très zébrée, dont le sang se retrouve aujourd’hui encore chez tous les Fjords du monde. Le Stud-Book de la race est ouvert depuis 1910. Les premières importations Le Fjord a été de longue date extrêmement prisé au Danemark, d’où il a essaimé aux Pays-Bas où son élevage a été numériquement important dès les années 50. Les premiers Fjords ont été importés en France en 1967 sur initiative privée, et l’Association Française du Poney Fjord, présidée par Jean-Georges Bastian, vit le jour en 1969. Les premiers reproducteurs, issus pour la plupart de la lignée du fameux étalon Oostman, provenaient des Pays-Bas et constituèrent les souches de base françaises. L’élevage se développa essentiellement en Alsace qui est devenue le berceau de race en France.
« Pouvant facilement porter un adulte, le Fjord, comme tous les chevaux de montagne, montre une sûreté de pied remarquable »
Toisant autour d’1,42 m, le Fjord fut considéré comme poney, et s’inscrivit dans la mouvance de l’époque, bénéficiant à la fois du « phénomène poney » et de l’explosion de l’équitation de loisir. Pouvant facilement porter un adulte, le Fjord fut le compagnon d’armes de nombreux randonneurs et « cavaliers au long cours »* qui trouvaient dans le petit cheval norvégien un infatigable compagnon de route, sobre, facile à vivre, intrépide, et montrant, comme tous les chevaux de montagne, une sûreté de pied remarquable. Le Fjord bénéficia aussi de l’engouement naissant pour le sport d’attelage, et montra sa robustesse sa puissance de tirage et son caractère à la fois stable et perçant.

Le petit cheval facile à vivre
Le modèle du Fjord a évolué depuis les premières importations: le type un peu archaïque, au dos long et à l’encolure massive, bien qu’ayant produit des sujets de très bonne qualité, tend à être remplacé par un type plus adapté à la selle, au modèle plus court. Le Fjord, comme toutes les races de poneys, tend à suivre une demande orientée vers un petit cheval de loisir polyvalent. Polyvalent, le Fjord ne l’est pas réellement
et c’est tant mieux. C’est un poney plein d’immenses qualités parfaitement adapté à l’attelage, montrant un caractère stable, une intelligence extrème, une rusticité exceptionnelle; il convient à toutes les formes d’attelage, du loisir à la compétition de tradition ou de sport. Il offre aux voltigeurs un dos large et accueillant, et se montre avec les handicapés d’une grande douceur.
« Le Fjord possède une personnalité très forte, alliée à une grande facilité d’emploi »
Ce n’est pas un poney pour enfants: le Fjord a énormément de force; en outre, son encolure massive et parfois courte entraîne des résistances de poids qu’un jeune enfant risque de ne pas pouvoir gérer. Si son caractère est très doux, il est aussi assez fantasque. En revanche, et contrairement à une légende particulièrement tenace, le
Fjord n’est pas plus têtu qu’un autre cheval. Il est au contraire d’une grande facilité d’emploi. C’est un poney pouvant porter sans difficultés un grand adolescent ou un adulte sur de longs chemins de randonnée, excellant en TREC, et pouvant aussi servir à l’instruction, car il ne rechigne pas à franchir de petits obstacles avec la générosité qui le caractérise. Le Fjord est presque uniquement élevé en race pure. Toutefois, il a parfois été utilisé dans d’autres races pour améliorer le caractère. Croisé avec des races de selle, le Fjord a été à la base de la création de la race Henson. Le Fjord est répandu dans de
nombreux pays d’Europe, y compris la Grande-Bretagne (où il est appelé Norwegian Dun) qui n’est pourtant pas pauvre en belles races de poneys! Il est également présent aux USA (depuis les années cinquante) et en Australie. Au total, le cheptel international de la race dépasse 40000 sujets.
« Un poney concurrentiel dans l’attelage au plus haut niveau »
C’est une race qui plaît, et qui semble opérer un glissement: moins cantonné au loisir, le Fjord se montre de plus en plus dans les concours internationaux d’attelage, pour lesquels la qualité de ses allures le rendent concurrentiel face aux autres races de poneys.
Un standard exigeant

Type : Malgré les variations existant au sein de la race, le Fjord est un poney de type bréviligne, compact, profond, large et bien musclé, avec une avantmain suffisamment développée, notamment chez le mâle. Le dimorphisme sexuel est marqué.
Taille : La toise doit annoncer au garrot entre 1, 35 et 1,50 m au garrot, sans limites toutefois vers le haut ou le bas. Il est fréquent de nos jours de voir des sujets atteignant 1,55 m.
Modèle : La tête revêt une importance très grande. Elle doit être proportionnée, petite (distance courte entre la bouche et l'oeil) aux traits secs avec un front large et plat, et un profil droit ou légèrement concave. Certains Fjords de qualité moindre possèdent une tête lourde, aux ganaches très dévelopées, évoquant celle du cheval de Przewalski. Les yeux seront grands, sombres, le regard est éveillé et très doux. Les naseaux sont developpés, le bout du nez semblant souvent carré. Les ganaches ne doivent pas allourdir la tête. De même, l'attache de la tête au niveau de la zone paroditienne sera aussi légère que possible. Les oreilles sont de petite taille comme chez les poneys de pays froids. Elles doivent être bien écartées vues de devant. Leur contour extérieur décrit une courbe de la pointe jusqu'à mi-hauteur, ponctuée d’une tache claire.
L'encolure doit être bien developpée et racée. Chez les étalons elle est puissante mais ne doit pas être trop lourde, le Fjord n’est plus guère élevé aujourd’hui pour les travaux agricoles. Pour cette même raison, on recherche de nos jours une épaule suffisamment inclinée. Le garrot du Fjord est souvent peu marqué, comme chez les races de montagne où une attache assez basse des vertèbres cervicales induit un abaissement du centre de gravité.
Le garrot ne doit cependant pas être noyé, pour permettre une bonne assise de la selle. Ceci est d’autant plus important que le Fjord a souvent tendance à être trop gras.
La cage thoracique doit être bien éclatée sans excès. Le dos et le rein doivent être courts. La croupe sera longue, large, et oblique sans excès. L'attache de la queue n’est ni haute ni basse. On aimera un genou bien developpé et plat sur le devant. Le jarret sera sec, avec un angle bien marqué sans être trop coudé. Les paturons seront forts, assez longs et inclinés. Les fanons trop developpés sont à éviter car ils signent un lointain croisement avec une race de trait.
Les pieds sont très bien conformés, avec une corne exceptionnellement dure. Les allures doivent permettre de bonnes performances au pas, trot et galop. Elles seront énergiques, harmonieuses, et bien rythmées, sans action notable du genou. La caractère est stable, très doux, mais très vivant.
Robes et particularités : Contrairement à ce que l’on croit souvent, la robe du Fjord, qui apparaît comme très distinctive, comporte en réalité de nombreuses nuances, ellesmêmes variables selon l’époque de l’année (notamment du fait des variations hormonales). Il est donc essentiel de regarder la couleur de la raie de mulet et des crins. 90 % des Fjords présentent la robe isabelle avec diverses nuances. Mais une étude effectuée en Norvège en 1980 a arrêté une nomenclature de cinq robes admises au standard :
Isabelle (Brunblakk) : c’est la robe la plus repandue. La bande de crins au milieu de la crinière, ainsi que la raie de mulet sont particulièrement foncées, noir ou marron sombre.
Isabelle clair (Ulsblakk) : la robe est isabelle un peu rosée, la crinière claire un peu argentée, la raie de mulet marron clair.
Isabelle « alezané » (Rødblakk) : la robe tire sur l’alezan, la raie de mulet et la crinière sont plutôt rousses. Robe très rare en France.
Isabelle « doré » (Gulblakk) : variante plus claire de l'isabelle alezané, avec raie de mulet très pâle. Robe rarissime en France.
Gris Souris (Grå) : La raie de mulet est noire. Cette robe, qui représente environ 10 % du cheptel, a été récemment admise au standard en France.
Les marques primitives doivent être recherchées et maintenues. La raie de mulet est presque systématiquement présente, ainsi que les zébrures. La bande cruciale est plus rare. On rencontre exceptionnellement des marques dites « de Njal » (du nom de l'étalon
chef de lignée qui les présentait) : il s'agit de petites taches brunes sur le corps, les cuisses ou les joues, que l’on peut rapprocher des petites zébrures que l’on trouve sur le front ou le corps de quelques lusitaniens. Chez de nombreux Fjords, les membres
sont plus foncés sous le genou ou le jarret.
Les en-têtes de petite taille (pelote, étoile) sont tolérés uniquement chez les juments, car ils ne doivent pas être trop souvent transmis. Ils tendent à disparaître.
Traditionellement la crinière du Fjord est taillée est en arc de cercle pour mettre en valeur la ligne supérieure de l'encolure. Contrairement à ce qui a souvent été écrit, la crinière n’est pas naturellement « à l’iroquoise » : non toilettée, elle retombe sur le côté (simple ou double).
Laetitia Bataille
Photos : Laetitia Bataille, Hervé Delaroque

|
|
|