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La préparation mentale : un entrée pour la réussite

Articles >  Chevaux et Poneys Magazine



« Un cavalier qui cherche trop à " monter " perturbe son cheval, qui peut alors devenir complètement faux ! » Philippe Leclair, préparateur mental de l'équipe de France pour les Jeux Olympiques, nous parle, dans une interview percutante, de la manière dont nous pouvons gérer nos forces et nos faiblesses pour une optimisation de notre équitation, quel que soit notre niveau.
Chevaux et Poneys Magazine : Quelle est la place d’un préparateur mental dans le milieu des sports équestres ? En quoi consiste la préparation mentale et pourquoi est-elle nécessaire ?

Philippe Leclair : Tout le monde parle de la préparation mentale sans vraiment maîtriser le sujet. Il est plus exact de parler de préparation mentale ET corporelle, car corps et esprit sont liés et sont les acteurs principaux de la performance. Alors apparaît l’impulsion émotionnelle faite de confiance, de plaisir et de calme, les capacités du cavalier s’en trouvent multipliées : cette unité est le tremplin vers la performance d’exception. Mon rôle est de préparer le cavalier à la compétition, afin qu’il soit à 100 % de son potentiel technique, physique et mental lorsqu’il sera en situation de « demande de résultats », dans le but d’atteindre « l’état de grâce », et ce autant de fois qu’il le faut, avec autant de chevaux qu’il y a à monter. Cette préparation se mène dans un premier temps à l’entraînement, puis se manifeste en compétition si elle a été correctement menée : la compétition est alors le reflet de la qualité de l’entraînement.
« Alors apparaît l’impulsion émotionnelle, c’est le tremplin vers la performance d’exception » Le préparateur est aussi au service de l’entourage du cavalier, car le stress ressenti par le compétiteur n’est pas seulement le sien, mais très souvent celui de ses proches (moniteurs, entraîneurs, parents dans le cadre descompétitions poney…). Si on prend l’exemple des parents, leurs erreurs sont bien souvent proportionnelles à leurs bonnes intentions. Tant que les accompagnateurs, qu’ils soient entraîneurs (projetant leur réussite professionnelle), ou parents (voyant leur propre fierté au travers de leurs enfants) ne sont pas sereins, ils répercutent leurs angoisses sur les cavaliers, qui doivent alors affronter leurs propres peurs et celles des autres. Avoir un entourage calme est donc aussi un facteur de réussite.


CPM : Qu’appelez-vous l’état de grâce ?

P. L. : Qui n’a pas connu un de ces moments magiques pendant lesquels nous sommes tellement meilleurs que d’habitude, à notre plus grande surprise ! Ce sont ces moments pendant lesquels l’on monte comme dans un rêve, que l’on est au sommet de son art technique sans se poser de questions, et le moment dans lequel tout va bien et où l’on prend un plaisir sans faille à monter et à ne faire qu’un avec son cheval. Le cavalier a alors l’impression que tout se déroule parfaitement (comme sur des roulettes !) que toute action semble facile et évidente, et qu’il ne peut commettre aucune erreur.


CPM : Quel est votre parcours, qu’est ce qui vous a amené à vous occuper des cavaliers ?


P. L. : Ancien sportif de haut niveau (champion du monde en Cross court, dix fois sélectionné en équipe de France de 5000 m,…) mon expérience m’a amené à m’occuper de la préparation des autres sportifs. Je suis venu à l’équitation par le biaisde la voltige et de Jean-Michel Pinel (alors entraîneur national) en 1986. Depuis, j’ai toujours été au côté des cavaliers, que ce soit lors de leur entraînement ou en compétition durant les grandes échéances de l’équipe de France (Jeux Olympiques depuis
1988, Jeux Equestres mondiaux, championnats d’Europe…). Parallèlement je m’occupe également d’athlètes de différentes disciplines comme le judo féminin, le pentathlon, mais aussi les sports de glace. Enfin, je donne beaucoup de séminaires en entreprise. Cette expérience acquise au fil des années a abouti à la création de la méthode Stratégie de la Réussite.


CPM : Quel est votre champ d’intervention : la recherche de la performance, la volonté de passer outre un traumatisme lié à un accident équestre… ? Ne travaillez-vous qu’avec des cavaliers adultes de haut niveau ?

P. L. : La recherche de la performance et la capacité à la réitérer est la principale démarche des cavaliers. La plupart des situations auxquelles je suis  confronté sont liées par la recherche de l’excellence, même si chaque cas est unique. Par exemple, j’ai récemment été contacté par un cavalier qui, très bon à l’entraînement, perdait touts ses moyens sur un concours. Un autre devait présenter son cheval à des acheteurs potentiels, mais doutait de sa capacité à le présenter au mieux. J’interviens aussi auprès de cavaliers marqués psychologiquement par un accident.

« La recherche de la performance est la principale démarche des cavaliers »

Le point commun de beaucoup de situations se trouve dans la recherche de cet « état de grâce » en situation d’une obligation de résultat dont nous parlions précédemment. Je m’occupe de cavaliers de tous âges, que ce soit un jeune en concours poney ou un sélectionné olympique : si les niveaux ne sont pas les mêmes, la recherche est similaire.

CPM : Les cavaliers dont vous vous occupez, proviennent-ils en majorité d’une discipline plutôt que d’une autre ?

P. L. : Les cavaliers qui font appel à moi sont en grande partie issus du complet ou de l’obstacle, du dressage. Mais je suis régulièrement sollicité par des voltigeurs, des meneurs d’attelage, et même des joueurs de Horse-Ball ou de Polo.


CPM : Le suivi d’un cavalier qui «tourne» sur un large piquet de chevaux est-il différent du suivi d’un couple cheval/cavalier unique ?


P. L. : La base de travail est la même, mais le suivi est différent. L’objectif, pour un cavalier qui travaille avec un large piquet de chevaux, est de permettre l’utilisation de
chaque cheval avec efficacité, le tout dans un temps réduit. Le cavalier se doit alors d’être impliqué à 100 % avec le cheval qu’il travaille, puisque tous les chevaux sont différents. Le travail avec un cheval implique donc d’abord la création d’une relation. « Je leur apprends à “ trouver du confort dans l’inconfort “ » Souvent, quand un cavalier est sur un cheval, il pense au reste (à ses autres chevaux, à la gestion de son écurie, aux leçons qu’il doit donner…) et pendant ce temps, il ne se préoccupe plus de son équitation, il prend donc des défauts ! Il faut alors arriver à créer une relation exclusive durant le moment où il est en selle, de manière à ce que ce temps soit vraiment efficace pour le
cheval et le cavalier, et donc moins fatigant tout en étant plus productif pour les deux (diminution des répétitions d’un même exercice, possibilité de faire de véritables pauses…). Avec ces cavaliers, le travail passe également par un apprentissage de la récupération. Sans apprendre à se reposer l’esprit et le corps, on ne peut mener à bien carrière sportive et vie courante. Trop focalisés sur la production de résultats, ces cavaliers en oublient la capacité de la production : le corps et l’esprit. Beaucoup sont dans l’épuisement, et ont de mauvais résultats en concours, tout simplement parce qu’ils sont fatigués. Avec un couple unique, c’est la même chose. Certes, la relation avec le cheval
est plus claire, mais la perturbation de l’esprit et la fatigue sont similaires, il faut donc tenir compte de chaque cas sans faire de généralités.


CPM : Que recherchez-vous en priorité quand vous abordez le travail avec un nouveau cavalier?

P. L. : Lui apprendre à se passer rapidement de moi ! Au bout de quelques entretiens (environ trois ou quatre), un cavalier doit pouvoir se débrouiller sans moi : ma recherche se situe donc dans l’acquisition du bon sens et de l’autonomie. Je leur apprends également à « trouver du confort dans l’inconfort » : c'est-à-dire à non seulement se détendre avant une compétition, mais également à y trouver du plaisir, l’obligation de résultat n’est pas une « corvée » dont il faut s’affranchir, c’est un réel moment d’apprentissage, de challenge, dont il faut profiter.


CPM : Quels exercices et quelles techniques employez-vous ? Comment les adaptez-vous à votre public ?

P. L. : Je travaille avec des choses simples, basiques : être ambitieux dans l’infiniment petit (soigner chaque détail, même à la maison), travailler les moyens plutôt que le résultat, intégrer un apprentissage pas à pas, éviter la focalisation sur le résultat… L’art de la concentration est un ingrédient indispensable de la performance,quel que soit l’âge, le talent, le niveau, l’expérience, ou le cheval. La concentration implique d’être ici et maintenant, dans le moment présent, de faire en sorte que chaque geste effectué soit juste et précis. Les cavaliers doivent souvent apprendre aussi à utiliser leur corps et à éviter la crispation. Plus un cavalier est crispé, moins il ressent son cheval : bien souvent le cheval est juste, mais le cavalier est faux ! Il y a une perte d’information, et donc un manque de compréhension. Pour compenser, le cavalier s’énerve, il cherche à en faire plus (à « monter ») et perturbe son cheval, qui devient alors faux.

« Une bonne habitude prise provoquera une bonne attitude en selle »

Le travail corporel passe par la décontraction, la recherche du centre de gravité, et la respiration. Le travail de respiration est inconnu du plus grand nombre, et pourtant il est la clé de beaucoup de problèmes : les cavaliers montent très souvent en apnée, et en bloquant leur respiration ils bloquent le reste de leur corps. La gestion du corps passe aussi par des exercices simples : par exemple si vous êtes debout en attendant le métro, au lieu de vous crisper en piétinant, redressez-vous, relâchez les épaules, respirez. Idem lorsque vous êtes assis au bureau : au lieu de s’avachir, il faut redresser le dos. Chacun de ces petits gestes du cavalier lorsqu’il est « piéton » est un bénéfice pour sa pratique équestre. Une bonne habitude prise provoquera une bonne attitude en selle. Enfin, la recherche de l’attitude mentale juste est une partie très importante de la préparation. Le principal adversaire d’un cavalier est bien souvent lui-même. Il a tendance à reporter son stress sur l’environnement (les foulées d’un contrat ne sont pas justes, le cheval n’est pas bien dans ses sabots, la musique est trop forte, le sol est trop dur…) alors que le principal facteur d’échec reste son angoisse et son manque de préparation. Cette attitude, c’est aussi le contrôle des émotions : il faut apprendre à contrôler ses pensées négatives, croire au succès,sortir de la peur, de l’angoisse, de l’impatience… En situation de concours, l’attitude mentale ne doit pas prendre le pas sur l’habileté technique : si un cavalier sait faire quelque chose à la maison, il doit pouvoir le reproduire sur un terrain de concours, voire en mieux (nous en revenons à l’état de grâce). Les émotions ne doivent pas déborder le cavalier, et ne doivent pas étouffer l’apprentissage de la leçon. Le cheval est un miroir de nos émotions, il faut donc éviter de le perturber. La mise en oeuvre des stratégies de compétition au travers de la notion d’évaluation et de débriefing est essentielle : le cavalier attribue trop souvent un échec à son cheval et la réussite à lui-même.


CPM : À quel moment pouvez- vous dire que votre travail avec un cavalier est fini ?

P. L. : À partir du moment où le cavalierest autonome, et qu’il peut d’une certaine manière devenir son propre entraîneur. Lorsque le cavalier a levé ses blocages mentaux : utiliser la compétition comme un miroir de ses forces et ne s’interdire aucun sommet. Je pourrais dire que l’impossible commence souvent dans la tête, c’est
quelque chose qui n’a pas été testé et qui est déjà censuré. L’essence de la vie et du sport n’est, à mon sens, pas de gagner ou de perdre, mais surtout de développer au maximum son potentiel, car avant d’être des cavaliers, nous sommes des personnes. La compétition, le travail à la maison, le travail sur soi : il s’agit toujours d’un cercle, qu’il soit vertueux ou vicieux, mais toujours lié.



Propos recueillis par Pauline Guicheney
 

Chevaux et Poneys magazine

Article publié le 04/02/2009 par chevauxetponeys


 






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