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Débourrage des jeunes chevaux
Posté le 26/02/2025 à 12h26
Bonjour, alors comportementaliste équin de métier, je réalise des débourrages aussi bien pour des chevaux montés que pour des chevaux de traction (forêt ou agricole). Et aussi des re-débourrage.
Alors comme nous avons tous et toutes notre propre vision du débourrage, je me permet de poser la mienne, qu'on sache de quoi on parle. Un débourrage est donc pour moi un point d'étape dans le travail qui se définit par une évolution aux trois allures, des transitions montantes et descendantes fluides sur des rênes longues, la possibilité d'isoler le bloc des épaules et celui des hanches
Je sors la notion de contact main bouche et la traite au cas par cas, selon le mental du cheval et celon la préparation qui a été faite en parallèle. L'idée étant de créer dès le début un lien fin et respectueux avec la bouche, l'usage de l'action de main doit, celon moi apporter communication et précision et non pas contrôle.
Par rapport à l'âge, on sait que la croissance du squelette et notemment du rachis d'achève autour de 7/8 ans. On sait également que le cerveau traverse pendant sa construction des "périodes sensibles". Soit des périodes ou en effet la mémorisation des nouveaux apprentissages est non seulement bien plus accrue mais aussi profondément ancré, et ceux pour le meilleur et pour le pire.
L'une de ces périodes de grande plasticité neuronale se situe de 2 à 3 ans. Et les besoins d'apprentissages de l'espèce à ce moment sont des besoins d'apprentissage sociaux ... Vous voyez donc le problème à rentrer des 3 ans (et puis 3 ans au 1er janvier ...) seul au box pour amorcer le débourrage!
Sur le phénomène de mémorisation on pourrait se dire "ok ça va je suis super fort je me trompe peu ou j'ai choisit le meilleure pro horsemanship à la mode je lui fait total confiance ..."; sauf qu'on sait également aujourd'hui que le fonctionnement de la mémoire ne traite pas les faits négatifs des faits positifs de la même façon. Le négatif, le traumatique s'apprend bien plus vite et est bien plus complexe désapprendre que le positif.
Alors on en fait quoi de tout ça ? On touche plus nos 3 ans pour ne pas avoir de mauvais apprentissages ancrées à vie ? Certainement pas ...
En revanche:
-On priorise le fait que nos jeunes aient une vraie vie de cheval, avec un gros point d'honneur sur le troupeau (l'idéal est qu'il soit stable, mixte en age et en sexe)
-On favorise les apprentissages progressifs et on met tout de notre côté pour que les premières fois passent sans accrocs émotionnels (être capable de revoir nos objectif, sortie avec un copain plus expérimenté, se former à la lecture et aux émotions du cheval ...)
-On décompose tous les apprentissages pour que le débourrage se passe le plus doucement possible;
(premiers sanglages associés à des brouting, apprendre à ouvrir la bouche pour mettre le mors de façon ludique, associer le montoir aux grattouilles, monter en van, si vous emmener votre cheval en débourrage dans une écurie l'habituer progressivement à aller dans une écurie, à quitter son troupeau un peu plus longtemps que d'habitude etc etc ... )
Donc pour ma part ça se passe généralement à partir de 4 ans. Ma propre jument a fait ses premiers galops à 5 ans parce que je manquais de temps pour la bosser et en fait j'ai adoré parce qu'elle était tellement prête physiquement et psychologiquement que c'était vraiment ... une douce proposition de sa part. Il n'y a eu qu'à dire oui. Je m'en rappelerais toute ma vie.
PS: Ah oui, pour les "on a toujours fait comme ça" qui ont la dent dure et qui affirment qu'après c'est foutu les chevaux ne peuvent plus apprendre; c'est pas très fondé comme raisonnement. L'apprentissage reste possible à tout age et pour avoir bosser des chevaux de 6 à 10 ans qui avaient vécu en troupeau en montagne et avait été très peu manipulé; ils n'avaient rien de "sauvage" et au contraire se retrouver face à une page blanche mais mature rend le travail fluide et passionnant