Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage

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Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 15/08/2021 à 19h25

Bonjour à tous !

Je nous ai déjà présenté par-ci, par-là dans quelques topics plus génériques, mais je me rends compte que plus on avance, plus j'apprécie de tenir notre "journal". Je me suis donc dit qu'il était temps d'ouvrir notre topic ! (Et surtout, j'ai enfin un Pivo donc je vais avoir de quoi illustrer tout ça ahah).

Début 2021, la remise en question

Nous sommes en février, il fait moche, je suis en vacances et confinement oblige, je n'ai rien d'autre à faire que buller dans mon canapé en massacrant des tablettes de chocolat. Je suis déprimée, je travaille trop, j'en ai marre. J'ai arrêté de monter à cheval en 2017; j'ai terminé mes études et trouvé du travail en Irlande. Les choses se sont enchaînées trop vite et je décide de ne pas monter pendant un moment, le temps de "trouver ma routine". Finalement, je ne suis jamais montée en Irlande, trop compliqué à partir du centre-ville, toujours d'autres priorités... En 2019, je quitte mon travail et reviens en Belgique pour me faire opérer du dos. Je choisis une technique expérimentale car c'est le seul traitement qui me permettrait de remonter à cheval. Fast forward jusqu'en 2021, je pète la forme physiquement, je mène une vie normale, mais en dedans... Je suis vide. Je prends conscience que la proximité des chevaux me donnait une raison de vivre et qu'il est temps de refaire de la place pour ce qui compte. Je trouve un petit centre équestre pour me remettre en selle en mars et c'est décidé : pour fêter les 2 ans de mon opération, je lance le projet "propriétaire".

Pendant quelques semaines, je fouille les annonces, révise mes budgets, cherche une écurie... Finalement, je prévois trois visites le 24 avril 2021. Pile deux ans après mon opération, ce jour qui a fait basculer ma vie, pour moi c'est un signe. Le 23 à 17h, les différents vendeurs m'appellent, les chevaux sont vendus. Gros coup de barre, j'avais tellement d'espoirs... Par dépit, je finis par contacter le vendeur d'un hongre, bien dans mes critères, mais dont l'annonce tourne et tourne depuis 4 mois, alors qu'il ne semble avoir que des qualités ? Le rendez-vous est pris pour le lendemain midi, je me dis qu'au pire, ça sera une "expérience d'essai" et ça me ça me donnera une comparaison pour le suivant.

On me présente un cheval sensible, délicat, hyper stressé et malgré tout, tellement poli en main, super agréable à monter. Je ne le réalise pas encore, mais c'est le coup de coeur. Je suis coincée dans le rationnel, mais tout mon entourage me le dit "quand tu parles de ce cheval, y a un truc". Je décide d'y retourner pour un autre essai, je doute... A nouveau, tout se passe super bien. Cette fois je suis accompagnée d'une professionnelle qui me confirme qu'elle ne voit pas de défaut majeur à ce cheval, qu'il vaut son prix. Est-ce que c'est le bon ??? Allez, à un moment, il faut sauter dans le vide...



Le vendredi 7 mai, visite vétérinaire. Tout se passe bien, on refait des radios, on teste un truc, un autre, la véto revérifie... Finalement, on a fait le tour, elle se tourne vers moi "Et ben voilà... Félicitations !" Je réalise à ce moment-là que c'est fait, il ne reste qu'à signer, et attendre qu'il arrive. Le soir même, sur le coup de 21h, voilà mon rêve de gamine qui débarque:



Je suis donc depuis un peu plus de 3 mois propriétaire de Pastor de Vara, hongre Pure Race Espagnole de 6 ans, né en Espagne et importé en Belgique en 2020. Avec sa gigantesque crinière et son regard enchanteur, j'ai pensé pendant des mois que c'était un cheval à problème ou avec un vice caché qui attendait d'être refourgué à une gamine... Ma mère continue de dire que c'était le destin, et qu'il fallait juste qu'on se rencontre. Je suis absolument raide dingue de ce cheval, outre le trouver superbe, il s'est révélé avoir une personnalité et un mental en or brut.



Je vais reparcourir nos grandes étapes des trois premiers mois dans mes prochains posts et puis continuer notre histoire au jour le jour ! Merci d'avance à ceux qui liront, commenteront, auront des avis constructifs ou des conseils à donner... A bientôt pour la suite :-)

Prochaines étapes de ce journal:

Boiterie et transition pieds nus
Convalescence et découverte du travail à pieds
Connection Training et travail en R+
Reprise du travail monté
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Édité par uneraell le 07-11-2021 à 20h17

Uneraell

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Posté le 16/08/2021 à 21h31

Merci à tous pour vos compliments sur sa jolie trombine

moncoeurm Olala, merci de me lire encore alors ! Je vais essayer d'ajouter quelques détails et photos différentes, histoire que tu ne lises pas pour rien !!

Juin 2021 - Ou comment fêter son premier mois de propriétaire avec le vétérinaire

Pastor est arrivé ! Je ne dors presque pas la première nuit, tout me semble si irréel, après des années de galère... La première semaine n'est que du bonheur: on prend le temps, je le laisse découvrir l'écurie, les paddocks, le contact des nouveaux chevaux. Il est véritablement proche de l'homme, curieux et réactif mais très facile à vivre. Je me contente d'une balade en main et d'une petite longe, tout en cherchant une selle qui lui convient. Finalement c'est une semaine après son déménagement que je fais ma première séance montée, et bien que je le trouve plus difficile que lors des essais, tout se passe bien.

Les séances qui suivent sont plus compliquées. Je sais peu de choses sur son passé, mais je commence à deviner qu'il n'a pas été bien sociabilisé. Après la grosse bagarre au premier contact avec un copain au paddock, c'est la débandade dans le manège dès qu'il entend un autre cheval se déplacer. Premières prises de tête... Et c'est là que je prends peu à peu conscience qu'il n'est pas juste un cheval "qui ne tient pas en place", "il est jeune, c'est tout", mais surtout qu'il est très angoissé. En soi, c'est pas grave, je suis là pour prendre le temps...

Et il va falloir que je le prenne ! Pile deux semaines après l'achat, il fait l'andouille au paddock et s'arrache un fer. Évidemment, je le retrouve gêné sur ce pied, mais sans autre symptôme angoissant... j'attends patiemment la visite du maréchal ferrant avec qui nous décidons de le passer pieds nus. Par conviction, c'était une étape que je considérais pour les premiers mois, mais ce fer arraché et le pied légèrement abîmé se présentent comme la bonne occasion (avant qu'on me dise qu'il ne faut pas faire ça en été parce que les sols sont secs... venez voir ce qu'il flotte en Belgique en ce moment )

Les jours passent et il semble trouver son aise au pas, je me décide alors à le remettre tranquillement au travail dans le sable. Petite séance en longe, on démarre à main droite, je trouve son trot plus délié, plus aérien, quel plaisir de le voir comme ça ! Et voilà qu'on change de main et là, le choc... Il boîte ! J'hésite, j'en discute avec la gérante des écuries qui me dit qu'elle le voit gêné aussi en le sortant le matin. Je doute, est-ce que j'ai raté quelque chose de gros ? Est-ce que j'aurais du appeler le vétérinaire tout de suite ? Est-ce qu’il boîte à cause des pieds nus, ou à cause de l’arrachage intempestif de fer ? Une chose est sure, la boiterie après deux semaines, je ne l'avais pas vue venir ! Me voilà donc à fêter mon premier mois de propriétaire avec une visite du vétérinaire.

Je crois que c'est ce jour-là que j'ai pris en pleine face le "tu peux être cavalier depuis plus de 20 ans et ne toujours rien comprendre aux chevaux." Ce n'est pas faute d'avoir eu des demi-pensions, monté dans une écurie de commerce, groomé en concours... Quand c'est à toi de décider pour Pompon, c'est pas pareil ! Et face au vétérinaire qui vient voir mon cheval en mode "ben tiens, en v'là encore une qui déferre et s'étonne que le ch'val ne marche plus..." je me retrouve bien démunie. Sole trop fine, sabot trop mou, peut-être naviculaire, faut attendre ou reférrer ou refaire des radios... (Ben tiens, il boîte d'un antérieur, l'est évidemment naviculaire). Au final, " on sait pas vraiment " et faut attendre...

Faut dire qu'avec un pied pareil, on peut se douter qu'il est pas à l'aise ??


Je sais que ça sonne bête – et je suis pourtant bien cartésienne normalement – mais je crois que c'est à nouveau une forme de destin pour me faire passer dans une étape qui était nécessaire. Cette boiterie m’aura obligé à une chose : passer du temps à pieds avec mon cheval. Je l’aurais sans doute fait de toute façon, mais pas de cette matière ultra concentrée sur lui, à observer chacun de ses mouvements, à me demander s’il était gêné ou s’il n’avait pas mal quelque part. A chaque sortie, je découvre que Pastor n’est pas seulement facile à manipuler, il est demandeur du contact. En liberté, il vient chercher la proximité et réagit si aisément à chacun de mes changements de position. En balade en extérieur, il se montre curieux et volontaire et je finis par mettre les aventures en forêt au programme de nos semaines : qu’il pleuve ou qu’il vente, on ira dehors ! Ca fait bien rire certains voisins de l’écurie, qui nous voient rentrer sous la pluie, Pastor toujours l’herbe à la bouche… Et en attendant, il marche ! Petit à petit, c’est lent, on galère sur les sols durs, mais la belle herbe haute des plateaux sont une motivation bien efficace pour vaincre quelques cailloux…



Outre le fait de ne rien comprendre à ses pieds, je me découvre aussi bien incapable de communiquer efficacement avec mon cheval en liberté. Pourtant, lui il essaie bien de se faire comprendre ! Toujours poliment, il vient me chercher, me regarde avec ses grands yeux étonnés, et les oreilles qui papillonnent. Je n’ai jamais fréquenté un cheval qui semble avoir autant de choses à dire, alors je tâtonne, j’essaie… Un peu de horsemanship par-ci, quelques inspirations d’Andy Booth, des choses qui marchent, un cheval qui explose, me dit parfois qu’il n’est pas d’accord et que ça ne lui convient pas…

" Et sinon, tu vas en profiter un jour, de ton nouveau cheval ? " On me pique un peu, aux écuries. Ben oui, la meuf elle arrive avec son joli PRE et dix jours après, il est boiteux… Ca sonne bien l’arnaque effectivement. Pourtant, en fait, je ne suis même pas déçue de ne pas le monter, car plus je passe de temps avec lui, plus il me fascine. Il est toujours un peu bancal, mais si je fais mon jogging dans le manège, il vient me rejoindre avec enthousiasme. On s’arrête, on repart. On révise les figures de manège en se baladant ensemble ; et je continue de rire en le voyant me suivre patiemment dans des serpentines. Ca sert peut-être à rien point de vue " travail en liberté " mais… est-ce qu’il n’est pas dans les choses simples, le bonheur ?

https://youtu.be/5IHx0Yx_GwA


Bon allez, encore un gros pavé ! Je reviendrai un peu plus sur la transition pieds nus dans mon prochain message, car j’ai épuisé la fonctionnalité de recherche du forum quand j’étais moi même en galère et je n’ai pas trouvé beaucoup de contenu pour me rassurer… J’espère que mon expérience pourra profiter à d’autres !

Édit : oubli d'un bout de phrase

Édité par uneraell le 17-08-2021 à 08h22



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Posté le 17/08/2021 à 21h17

JUIN 2021 - Partie 2: La transition pieds nus


Au final, je passe encore trois semaines à observer les évolutions, le faire voir par un ostéo, retourner internet et CA sur le thème des fractures de P3 jusqu'à en faire des cauchemars... Et c'est en pleine panique que j'appelle un podologue pour appeler à l'aide. Aux écuries, on ne cesse de me dire que mon cheval ne marche pas et qu'il faudrait peut-être le referrer quand même non ? Mais quand je me souviens de ses pieds pourris, au point qu'on sente l'odeur de ses fourchettes à 5 mètres (et c'est pas un euphémisme !), j'ai vraiment envie d'essayer le pieds nus jusqu'au bout.

Fin juin, je rencontre enfin un pro qui me donne confiance dès qu'il approche mon cheval. Il vient lui souffler dans les naseaux pour lui dire bonjour et m'explique chacun de ses gestes, sur chaque pied. Il me répète ce que je sais déjà: si je veux garder mon cheval pieds nus, je dois comprendre le fonctionnement du pied et apprendre à parer. Ca tombe bien, je suis déjà inscrite pour un stage ! En attendant je regarde mon cheval qui somnole pendant le parage et j'ai bien l'impression qu'on vient de passer un tournant.

Jusqu'au lendemain. Mon cheval ne marche plus. Il arrive au bout de l'allée de l'écurie et se fait prier pour marcher sur autre chose qu'un sol lisse. C'est à force de diplomatie et de temps que je finis par réussir à le mettre dans le manège, au bout d'un moment, il faut bien voir comment il bouge... Il se roule. Se redresse. Jette un antérieur en l'air. Il s'arrête et me regarde, il a l'air perplexe. Il trotte deux foulées. Jette encore un antérieur puis s'arrête. Finalement, il redémarre et me fait une démonstration d'angles bizarres sur tous les membres, retourné-sauté et démarrage plein pot les oreilles bien en avant. On dirait qu'il teste ses pieds, joue, s'éclate, et moi je manque de fondre en larmes.

Je savais que la transition pieds nus ce n’était pas un moment facile, et je regrette un peu de m’y être lancée " par hasard ". C’était mon intention, certes, mais j’aurais du m’y préparer et mieux me renseigner avant de le faire, quitte à simplement le garder ferré un mois de plus. C’est une constante dans ce que j’ai lu dans les différents sujets qui en parlent. Je suis sanguine et impulsive, personne n’a réussi à me corriger ce défaut, mais je ne serais pas étonnée que Pastor, lui, y arrive…

Il a encore fallu deux semaines après ce premier parage physiologique pour commencer à voir une amélioration. Entre temps, une deuxième vétérinaire est venue faire le point avec nous, notamment car le parage a révélé des lignes blanches totalement rouges, ce qui pouvait être un signe de fourbure, sauf que mon cheval n’est pas à l’herbe… C’était une fausse alerte, ou une inflammation plus ancienne, dans tous les cas, la vétérinaire nous permet de faire le point sur la boiterie qui pour elle, n’est presque plus décelable et sur son alimentation, que nous modifions une fois encore (réduction de la ration, passage au sans amidon, validation du CMV conseillé par l’ostéo). Une semaine plus tard, enfin, il ne boîte plus au trot sur le dur ! Je n’aurai certes jamais eu de diagnostic ferme, mais l’essentiel est de retrouver Pastor allègre sur ses quatre pieds.



(entre temps, j'ai appris à nettoyer les pieds plus correctement que ça avant de me dire "oh mais je vais faire des photos" ahaha)

J’ai donc passé deux mois à pieds, car si il était assez à l’aise pour sortir et aller au paddock, je ne le trouvais même pas régulier sur le sable, et hors de question de monter un cheval qui n’est pas carré. Les premières semaines, je me suis contentée de le marcher et de faire des balades en main, mais peu à peu, j’ai eu envie de trouver une autre forme de travail et de communication. Comme je l’évoque dans mon précédent compte-rendu, j’ai bien tenté un peu de " travail éthologique " sans avoir la conviction que cette historie de dominant-pression nous aidait à mieux nous comprendre. Demander poliment a toujours suffit jusqu’ici pour obtenir des réponses, alors je zone sur CA et sur Facebook pour trouver d’autres approches. Je finis par retomber sur le topic du training force-free, que j’avais déjà parcouru en son temps, et cette fois, ça résonne plus…

Allez, presque retour au présent ! Demain je ferai le point sur nos premiers pas en R+ avec l’approche " Connection Training ", ensuite sur mes objectifs montés et quelques mots sur notre premier cours de dressage… Et puis ce sera les updates au jour le jour :-)

Allez, une photo de notre escapade d'hier quand même !




Édité par uneraell le 17-08-2021 à 21h18



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Posté le 18/08/2021 à 21h17

Connection Training et découverte du Renforcement Positif

Spoiler alert : Je débute en renforcement positif. Oui, j’essaie de ne plus utiliser de renforcement négatif. Non, je n’y arrive pas toujours. Oui, je fais des choses de travers et il y a sûrement des principes que je n’ai pas encore tout à fait compris. Mais j’essaie :-)

J’en suis donc au début du travail à pieds avec Pastor, nous arrivons à la fin juillet et avec les problèmes de pieds plus ou moins réglés, je retrouve un cheval d’autant plus vif et communicatif. Les quelques séances de travail à pieds que j’ai fait m’ont laissé un goût d’insatisfaction car lorsque la pression monte, je vois mon cheval qui stresse et chercher la fuite. Peut-être que je fais mal, mais ça ne me convient pas. Alors je traîne sur CA, je relis le post du training force-free et je suis attirée par le fait de laisser le choix au cheval, de lui rendre voix au chapitre dans son travail. Pastor propose tout le temps beaucoup de choses, parfois je ne capte pas trop où il veut en venir, mais ce qui est sur, c’est qu’il cherche l’interaction.

Je continue de zoner sur internet et je finis par tomber, sur Youtube, sur quelques vidéos d’intro d’une méthode appelée « Connection Training ». En gros, c’est du clicker training, sauf qu’on n’utilise pas toujours un clicker (personnellement, le concept de travail avec un machin en main me gêne un peu). Je parcours les premières vidéos qui sont très théoriques sur le fonctionnement de l’apprentissage chez le cheval et les systèmes émotionnels et ça me parle tout de suite ! Je retrouve certains comportements que je vois chez Pastor au quotidien, et je parviens à mieux comprendre leur contexte d’apparition. Je continue de fouiller et découvre la plateforme qui propose une série de « cours » en vidéo, avec l’accompagnement de coach. Je décide de m’inscrire pour un mois, et tester.

Entre temps, j’ai tâtonné un peu sur quelques séances et suis tombée dans les premiers écueils un peu classiques, visiblement, du R+. Récompenser « trop fort », sans chercher l’apaisement ou la relaxation. J’ai commencé avec des carottes, ce qui met Pastor dans tous ses états et rend impossible de travailler avec un minimum de concentration et de relâchement. Je décide alors d’avancer plus dans le cours avant de m’y remettre avec des bases plus éduquées. Je cherche aussi des récompenses motivantes moins excitantes et fini par mettre la main sur des bonbons pour chevaux composé de foin… Combo parfait ! L’attention de Pastor s’éveille dès qu’il a reçu les premiers, mais le foin reste suffisamment habituel pour qu’il comprenne rapidement que ça ne sert à rien de se mettre dans tous ses états.

Je reprends quelques séances pour établir les bases : Marcher ensemble, s’arrêter, se détendre. Il m’a toujours facilement suivie en liberté, mais s’arrêter sans me monter dessus était devenu un petit challenge depuis l’introduction des récompenses. Il faudra deux bonnes séances pour ré-établir que non, on n’obtient rien en me poussant, en fouillant mes poches, ou en attrapant mes manches. Arrive donc le premier vrai « exercice » : le targeting ! J’ai été fouiné dans un rayon jouet pour trouver un machin en mousse, aux couleurs vives et avec une espèce de manche…



Easy peasy. « Pastor, touche ? » * cheval qui se jette à moitié dessus * En vrai c’est tellement facile que je me demande même s’il a vraiment compris le principe. Il suffit que j’agite à peu près n’importe quoi à moins de 3m de son nez pour qu’il vienne le toucher, et ça ne semble jamais – mais jamais ! - le lasser. Tout truc à toucher est une éternelle source d’émerveillement pour ce cheval, c’en est presque drôle. Cependant, ça reste efficace, car je peux facilement utiliser ça pour lui demander de changer de côté quand on marche en liberté et passer à ma gauche ou à ma droite, que ce soit avec la cible ou avec la main présentée à plat. Avant, il marchait certes avec moi, mais à l’endroit qui lui chantait, donc c’est déjà un progrès :-)

La deuxième étape – et on y est toujours – c’est la cible statique. Le but étant qu’il puisse aller de lui même vers cette cible, et y rester. Aller vers la cible n’est pas trop un problème, bien qu’un élément statique, posé au sol, l’intéresse visiblement beaucoup moins qu’un objet « volant ». Par contre, rester posé au même endroit, ça va être un sacré challenge… Il a la bougeotte et si je m’éloigne ne serait-ce que de deux pas, il me suit tout de suite. Mais ça en fait un but d’autant plus intéressant à atteindre, et je suis convaincue que l’immobilité sans humain à côté est un point éducatif très intéressant.

Et une petite vidéo extraite de notre dernière séance pour illustrer (je retirerai le lien d’ici quelques jours, merci de ne pas le citer :-) )

EDIT: Vidéo retirée ;)

Voilà pour le travail à pieds ! Niveau objectifs… Je n’en ai pas de précis, si ce n’est parvenir à gérer la majorité de nos interactions sur base du R+ . Je trouve le travail du targeting super intéressant car il peut se décliner sur plein d’exercices (notamment les flexions et les étirements, que Pastor me donne beaucoup mieux en ciblant ma main qu’en cédant à la pression du licol), mais comme je disais en début de message… Je découvre, donc les objectifs se définiront au fur et à mesure je pense !

Édité par uneraell le 26-08-2021 à 20h33



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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 20/08/2021 à 21h43

erell29 Oui, je suis les cours de Connection Training. J'aime beaucoup leur plateforme, ça correspond bien à mes préférences d'apprentissage à moi pour le coup :-) . Je prends note de tes autres conseils, merci !

---

Travail monté : d'où on part et où on va

Allez, dernière étape de "l'historique" avant d'entamer le journal au jour le jour :-). Toute ma vie de cavalière s'est déroulée dans des clubs et des écuries orientées obstacles. Depuis que j'ai 12 ans, je sais que ce qui me fait kiffer c'est le travail avec le cheval et le dressage. Cherchez pas le point commun entre ces deux faits, y en a pas. Résultat, j'ai passé beaucoup de temps dans les chevaux jusqu'à mes 25 ans et toujours avec beaucoup d'insatisfaction. J'ai eu quelques DPs qui m'ont permis de dégrossir un peu ce que moi je voulais de la relation avec un cheval mais... Ben voilà, quand on est DP, on ne choisit pas vraiment. Mes dernières années se sont passés dans une écurie de commerce de chevaux de CSO, bien loin d'être la pire qu'on pourrait imaginer, un truc un peu vieux de la vieille mais où petit à petit, j'ai pu établir ma réputation de confiance, retirer les doubles muserolles, les rênes allemandes, changer quelques petites choses par-ci, par-là pour essayer de faire "un peu mieux". Tout en ayant en tête que quand j'aurai enfin MON cheval, je ferais les choses différemment.

Je suis fascinée par le dressage classique, une équitation légère qui suggère et laisse la place à l'imparfait pour permettre au cheval de s'exprimer et de laisser sa personnalité transparaître dans les airs qu'il nous offre. Je veux pratiquer une équitation qui est juste envers mon cheval, lui rend service et lui apprend à utiliser son corps de manière à ce qu'il ne me subisse pas (et à moi utiliser mon propre corps afin de ne pas lui compliquer la vie !). Mes références tournent du côté de Beaupère, Karl, Cesario, une équitation épurée et sans artifice, que j'espère parvenir à coupler avec le renforcement positif afin que mon cheval soit acteur et partenaire de ce qu'on entreprend. Ca c'est le but ultime. Maintenant, là où on en est actuellement:

On fait des patates et on essaie d'en faire des cercles (et des frites, qu'on essaie de transformer en lignes droites).

J'entame le travail avec Pastor comme si il avait 4 ans et sortait du débourrage. Il a plus ou moins glandé pendant l'année de ses 5 ans, passé un mois en pension travail avant que je ne l'achète. En revanche, j'ai des photos de lui en Espagne (vers 4 ans et demi, donc ) où il est déjà monté en bride avec un placé digne d'un 10 ans. Bref, il a connu le "trop, trop vite" et le "rien du tout". Lors de l'achat, il était travaillé en mors espagnol, effondré sur son avant-main, avec le mode tracteur activé et une relation un peu conflictuelle avec la main. La pause offerte par la transition pieds nus lui a permis de faire un "reset": manque de force et d'équilibre, asymétrie très marquée, mais au moins, il recommence à se déplacer avec une attitude neutre et naturelle. Alors j'essaie de préserver ça, il est désormais en mors simple et on redémarre avec la gymnastique de base. Je ne galope même pas (tiens, tu galopes pas avec ton cheval ?? me demande-t-on, l'air de sous entendre "t'as peur ??"), car il n'est pas prêt et je trouve que c'est le confronter à une difficulté inutile. On marche beaucoup, on trotte un peu, c'est déjà bien.

J'ai aussi rencontré le type d'enseignant que j'avais toujours voulu mettre sur mon chemin. Instructeur d'équitation centrée - ce qui est hyper bénéfique pour moi, avec mon dos tordu et mes propres asymétries - cavalier de TREC, de dressage, d'équitation de travail, fin et rigoureux et véritable puit de connaissance. Après quelques séances de travail à pieds, nous avons pu prendre notre premier cours monté avec ce monsieur il y a deux semaines. Pour la première fois depuis longtemps, j'ai pris un cours d'équitation dans une atmosphère détendue, sereine et à l'écoute du cheval. Pas de "il ne veut pas" ou "il se moque de toi" dans le discours. S'il ne fait pas, c'est moi qui ne suis pas claire, ou qu'il ne peut pas. De mon côté, je n'ai pas eu l'impression qu'on me demandait de faire des noeuds dans mon corps et des choses impossibles. On finit la séance sur des transitions descendantes obtenues par le simple fait d'expirer, sans rênes, jambes et milles combinaisons d'aides. Pastor, de son côté, donne, suggère, cherche les réponses et semble au moins ne pas désapprouver ce changement de paradigme dans ce qui se passe sur son dos.

(Photo d'une petite séance en tête-à-tête, quelques jours après ce fameux cours)



Le but ultime dans tout ça ? En vrai je n'en sais rien. Si on continue de se connecter en dressage, on ira aussi loin que ce qu'il accepte de me donner. J'aimerais aussi beaucoup essayer l'équitation de travail qui, je pense, pourrait exciter sa curiosité. Dans le même ordre d'idée, je suis persuadée qu'il kifferait le mountain trail (à pieds ou monté) et ça tombe bien, car notre écurie a un parcours en projet ! Au final, j'essaie surtout d'écouter ce qu'il me dit, comme à pieds, de débroussailler la voie qui nous conviendra à tous les deux. La semaine dernière, j'ai aussi enfin pu faire notre vraie première sortie en extérieur - potentiellement sa première tout court, d'ailleurs - et il s'est montré exemplaire. Dans tous les cas, on continuera de voir du paysage, pas question de ne faire que du bac à sable.

Comme ce soir, d'ailleurs, où on a été se perdre sur les plateaux et dans les graminées (l'ostéo est passé hier, protocole pour les trois prochains jours: beaucoup marcher, dehors si possible et avec du dénivelé... on a bien obéi éhéhé)



Bon, c'est fini pour les pavés pendant quelques jours, je le laisse tranquille pour qu'il retrouve ses sensations après la séance d'ostéo. Mardi soir, l'instructeur revient nous voir, on espère que ça se passera aussi bien que la première fois !

Bon week-end et merci de me lire !

Uneraell

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Posté le 26/08/2021 à 20h33

Aujourd'hui, un peu la flemme de monter, donc je décide de refaire une séance de longe ! Ca fait longtemps que je n'ai pas longé, mais la dernière a été un peu... chaude. Pastor reprenait tout juste le travail et alors que je voulais le ménager un peu, il avait pété en l'air pendant vingt minutes. Peut-être pas sans lien avec ses lombaires un peu bloquées ceci dit, donc j'avais décidé de laisser ça de côté. Aujourd'hui donc, il fait beau, la carrière est libre et a été hersée il y a peu donc le sol est tip-top... c'est parti !

Au final, ma flemme n'a pas fait ressortir son énergie XD. Cependant, je suis beaucoup restée au fond de la carrière qui a un dénivelé assez marqué mine de rien, donc je pense que rien que trotter sur un cercle là, ça a déjà du lui demander de se tenir. Second point positif, le fond de la carrière ça mange les poneys (c'est bien connu) mais à part un ou deux stops d'étonnement au début, il n'a pas réagi plus que ça. D'ailleurs, il m'a fait deux démarrages à cause de voitures passant sur le parking mais ça n'a pas été plus loin qu'un bond et quelques foulées de galop un peu joyeuse. La dernière fois que j'ai longé, il s'échappait complètement du cercle quand il montait en l'air et j'avais eu beaucoup de mal à le cadrer. Cette fois, j'ai pu me contenter de lui donner un peu de mou sur la longe pour pas qu'il se punisse tout seul et de le calmer à la voix et il est sagement revenu se mettre au boulot après quelques foulées.

Niveau boulot, on a donc plutôt glandé, mais côté émotionnel, il progresse vraiment bien ! Quand je pense à la boule de nerfs qui est arrivée le premier jour... Je me dis qu'une fois qu'il sera bien posé dans sa tête et bien dans ses pieds, l'évolution du travail suivra de toute façon. J'ai juste eu un bon fou rire quand j'ai voulu profiter de quelques barres abandonnées dans la piste pour les lui faire passer. Il n'en a jamais trop vu, donc d'abord je vais passer au dessus avec lui... La première, ça va. La deuxième, on renifle, on hésite, bof. Quatre pieds planté, il la titillait un peu d'un antérieur, mais semblait vraiment pas convaincu à l'idée de passer dessus. Je finis par détacher la longe pour l'inviter à me suivre en liberté (ce qui aide souvent quand il bloque sur un truc). Mais il est resté là, les quatre pieds pile entre ses deux barres, comme si je venais de l'enfermer dans une boîte. Il trouvait juste pas la solution, pauvre bonhomme. A force de l'inviter à me rejoindre, il a suivi la barre du nez jusqu'à trouver "la sortie" et il l'a contournée. C'était certes pas exactement ce que je voulais, mais en terme de problem-solving c'était pas débile XD. Finalement, je l'ai repris à la main pour passer une nouvelle fois dessus, j'ai encore longé un peu au pas et au trot (dont par dessus ces deux vilaines barres !) et c'était bon pour aujourd'hui.



J'ai terminé sur un peu de R+ à nouveau pour continuer le targeting sur une cible stationnaire. J'avais mis le Pivo mais il s'est planté sur un reflet, donc sur 25mn j'ai environ 18mn où il filme juste un mur. Je suis un peu dégoûtée parce que Pastor a montré de très bonnes choses mais aussi de grosses hésitations que j'aurais voulu revoir pour comprendre comment j'aurais pu mieux réagir. Quand je suis à 5-6m de la cible et que je l'y envoie, si il hésite, j'ai manqué une fois ou deux de cliquer pour lui faire comprendre que c'était le bonne direction. Ca l'a bugué et il s'est mis à juste s'éloigner de quelques pas puis faire un cercle autour de moi. J'ai du recommencer l'exercice de plus proche afin qu'il recommence à se rendre vers le cône avec un peu plus de confiance. Cependant, on a à nouveau fini avec des envois vers le cône à quelques mètres, puis revenir vers moi pour toucher la cible que j'avais en main. Il a été vraiment zen tout du long et pas du tout excité par la nourriture cette fois, j'étais vraiment contente !



Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
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