Opinions sur le label bien être animal ffe
Posté le 09/05/2026 à 21h15
Bonjour à tous.tes,
Je me suis penchée sur le label qualité pour la Mention Bien-être animal publié en 2023 et c’est assez catastrophique, aussi je voulais en discuter avec vous.
Un petit peu de contexte tout d’abord. La FFE s’est donné comme mission de “Contribuer au bien-être équin notamment par la mise en œuvre d’une démarche qualité pour les établissements équestres, de formations et de certifications pour les détenteurs
d’équidé.”. On notera que c’est leur 10ème mission sur 12, ce qui montre l’importance que la FFE apporte à cette mission..
Les points rédhibitoires :
La première chose que j’ai regardée ce sont les cases rédhibitoires, qui empêchent donc purement et simplement l’obtention du label.
Ce que l’on peut observer c’est que c’est très (très très) difficile d’atteindre le niveau rédhibitoire. Le simple fait d’avoir “conscience” d’une problématique permet d’éviter l’aspect rédhibitoire. Par exemple : “Plus de 25% de la cavalerie active présentent un état général insatisfaisant et ne sont pas identifiés par le responsable.”. Il suffit donc que le responsable ait conscience que l’état de sa cavalerie est insatisfaisant pour qu’il puisse obtenir le label Bien-être animal !
De plus, certains critères sont flous, par exemple lorsqu’on parle d’identification mais pas de prise en charge, cela signifie qu’aucune action n’est demandée pour changer cet aspect problématique… Je donne l’exemple des pieds des chevaux :
Situation problématique : “Plus de 25 % des chevaux ont des pieds en mauvais état mais sont identifiés et pris en charge.”,
Situation rédhibitoire : “Plus de 25 % des chevaux ont des pieds en mauvais état et ne sont pas identifiés par le responsable.”
Là encore, si le responsable identifie cette situation problématique, alors elle n’est plus rédhibitoire même en l’absence complète de volonté de changer la situation..
Certains critères n’ont simplement pas de situation rédhibitoire ! Par exemple l’absence totale de vermifuge et donc possiblement une infestation des chevaux entraînant une dégradation nette de la santé du cheval N'EMPÊCHE PAS d’obtenir le label Bien être.. Alors qu’on pourrait facilement considérer cela comme un défaut de soins, voire de la négligence.
Au-delà de ces critères rédhibitoires, leur attribution n’est même pas associée à un signalement systématique aux services vétérinaires.
Le seuil à 25% :
Autre chose étonnante, il y a un seuil omniprésent, le seuil à 25%. En gros, si 24 de tes chevaux sur 100 sont en mauvais état, ça va, on ne dépasse pas les 25% donc tu peux avoir le label !!
L’exemple le plus frappant je trouve est sur l’accès à l’eau. Le cas rédhibitoire est pour plus de 25% de la cavalerie, l'accès à l'eau est insuffisant. 25% !! On pourrait pourtant facilement considérer qu’à partir d’UN cheval qui manque d’eau, on n’attribue pas de label Bien être ?
Ce seuil me semble être particulièrement avantageux pour des structures faisant des grosses différences dans les conditions de vie de leurs chevaux, comme par exemple de moins bonnes conditions de vie pour les chevaux de club par rapport aux chevaux de propriétaires .. Là encore, comment considérer ces structures comme des structures veillant au bien être des chevaux plutôt qu’au bien être de leur portefeuille !
La différence de traitement entre l'hébergement intérieur et extérieur :
En réalité ce qui me choque c’est surtout l’absence de différence de traitement entre l’hébergement intérieur et extérieur. Les critères sont globalement les mêmes, sans prendre en compte le fait que dans l'extrême majorité des cas, l’hébergement en extérieur est associé à une plus grande surface disponible. Je ne comprends même pas ce qui est attendu pour les hébergements intérieurs quand par exemple on nous dit “L’ensemble de la
cavalerie peut se déplacer à sa convenance.”, alors que l’hébergement intérieur s’accompagne par définition d’une certaine contrainte de mouvement, donc à la convenance mériterait au moins d’être définis plus clairement..
Le gros manque : l’attitude des humains envers les chevaux:
N’importe qui ayant déjà été dans une structure maltraitante le sais, la façon dont on se comporte directement avec les chevaux en dit long sur le bien être des chevaux y vivant. Pourtant, l’attitude des humains envers les chevaux est le facteur qui compte le moins (8 points sur 100 !). Et encore, tout cela est très indirect, on nous parle de harnachement, de politique de fin de carrière des chevaux, mais on ne nous parle jamais du comportement direct des humains (responsables comme usagers). On pourrait imaginer des responsables battant leurs chevaux devant le responsable du label sans que rien ne puisse être noté dans le rapport. RIEN.
On notera par ailleurs qu’il n’y a pas de critère rédhibitoire en ce qui concerne l'abattage des chevaux ou l’intensité et la durée d'activité des chevaux. On peut s’en étonner, sachant le mal être important que cela représente.. Je répète, on peut obtenir le label bien être en surexploitant sa cavalerie. En abattant ses vieux chevaux.
Conclusion :
Le problème majeur de ce label est pour moi, la décorrélation totale entre la science étudiant le bien être équin et les différentes conditions d’obtention du label. Par exemple, observer le comportement des chevaux est absolument clé pour évaluer le bien être équin, et cela n’est pris en compte que dans un seul critère du label.
Je trouve l’idée d’un label Bien être animal intéressante, mais là ce label ne signifie rien, c’est vraiment dommage.. Pour moi, ce label sert surtout à ne rien changer, conserver les mêmes conditions de vie médiocre des chevaux dans une grande partie des structures équines, tout en ajoutant une gommette “C’est parfait”.
On le voit d’ailleurs avec plusieurs centres équestre arborant fièrement ce label qui se retrouve avec des accusations de maltraitances. N’hésitez pas d’ailleurs à faire part de vos propres expériences dans les commentaires.