King, c’était le projet “coup de cœur”.
Je suis tombée sur son annonce alors que je ne cherchais plus — la place était déjà prise par Baia — mais il m’a tout de suite parlé.
Un jeune lusitanien élégant, présenté comme proche de l’homme, beaucoup manipulé, il a même fait de la mediation animale, très demandeur, joueur, qui n’aurait besoin que de reprendre un peu de cadre après un temps au pré prolongé et se plairait à travailler.
L’idée était d'en faire mon cheval de loisir touche à tout.
À son arrivée, en plus du besoin de recadrage annoncé (mordillait, bousculait, tractait, un vrai poulain malpoli), j’ai réalisé que plusieurs bases restaient à construire : manipulations, confort au contact, il ne connaissait pas la brosse, ne donnait pas vraiment les pieds, ne tenait pas en place et était très mal à l’aise avec beaucoup de choses pourtant très basiques dans l’éducation d’un cheval. Un travail plus important que prévu, avec un etalon de 4 ans.
Un peu déçue, forcément, en connaissance de cause cela ne m'aurait pas paru raisonnable avec un entier de cet âge, mais il avait un très bon fond, et ca n'etait rien que je n'aie deja fait. Je lui laisse un gros moment d'acclimatation, c'est tout de meme un grand changement pour lui, on travaille juste le brossage et le toucher.
Mais King avait un plus gros rebondissement en réserve.
Pendant que je suis en vacances, on m’alerte pour un potentiel abcès : “je crois qu'il boitille un peu de temps en temps”. A mon retour 3 jours plus tard, je retrouve un cheval raide boiteux, qui peine à marcher, ne peut plus trotter, croupe cassée.
Le programme a changé du tout au tout.
Une grosse convalescence. Gérer la frustration d’un jeune cheval qui a envie de bouger, et puis la mienne aussi.
Des mois à faire du petit, du lent, du progressif.
À construire une relation et une education tout en respectant un corps qui ne devait ni tourner, ni reculer, ni s’agiter. À tout adapter, en permanence. Et esperer qu'il puisse à minima etre confortable un jour.
King n’a pas du tout été le cheval “clé en main” que j’avais imaginé. Mais une chose est restée vraie depuis le début : c’est un cheval d’une gentillesse et d’un mental extraordinaires.
Aujourd’hui, il a progressivement retrouvé ses allures et ses capacités.
Il pourra au minimum faire de la balade tranquille, il peut saillir, et pour le reste… on verra avec le temps.
Pour l’instant, je préfère ne pas brûler les étapes. Rien ne casse plus un cheval que de reprendre trop tôt alors je rallonge, rien ne presse. Il vit en liberté dans une grande pâture au terrain varié, il refait du muscle naturellement, sans pression.
On commencera un peu de longe en fin d’hiver, et on avisera ensuite pour un débourrage s'il reste régulier.
En attendant, c’est un étalon toujours aussi charismatique, avec ce mélange de fierté et de sensibilité propre à la race.
Derrière son allure de prince ibérique, il y a un cheval qui a beaucoup appris, qui a grandi, et qui est toujours resté profondément gentil.
Il est aussi joueur que câlin, et vit une très belle histoire d’amour avec son poney.

Je le balade avec n’importe quoi — une laisse de chat, un pull — il donne les pieds en liberté, je le touche partout, il est sage même avec une jument en chaleur sous le nez et il me suivrait jusqu’au bout du monde.

Donc j'ai peut etre pas mes fesses dessus, mais pour le reste, que du positif !