chouquinette
Oui j’ai vu des changements mais les gens eux, restent les mêmes.
Tout au long de mon parcours, dans des clubs comme chez les propriétaires, j’ai connu des gens attentifs, doués, soucieux des chevaux et aussi à l'opposé, des gens utilisateurs de chevaux, consommateurs d’activités équestres, qui pratiquent ce que j’appelle une équitation sociale où le cheval n’est qu’un faire-valoir.
Des méthodes douces, progressives, basées sur l’observation, la transmission de savoir par des cavalières, cavaliers, enseignantes et enseignants aguerris, sachants, humbles et à l’inverse des gens qui improvisent, soumettent, violentent, épuisent les chevaux, les utilisent de façon inappropriée, sans les considérer.
Des gens sensibles à l’intégrité et au bien-être des animaux et des gens qui ont peu, très peu voire aucune considération pour eux.
Tous ces profils extrêmes et tous les profils intermédiaires et nuancés, je les ai toujours vu. J’ai commencé à monter à la fin des années 70. Je vois les mêmes profils hier et aujourd’hui. Ça ça n’a jamais évolué.
La petite vidéo des jeunes filles dans le post « Il faut que ça cesse », où le moniteur tape sur la tête d’un poney et lui file des coups de pieds parce qua sa cavalière est tombé, j’ai vécu exactement ce scénario là avec un jeune cheval quand j’avais 15 ans.
J’ai vu des débourrages magnifiques, délicats, où le cheval est apprivoisé, très progressivement, sur des mois, vers une activité de dressage classique Oliveiriste exactement à la même période de ma vie et plus tard aussi lorsque j’ai rencontré certains de mes enseignants alors que j’étais une adulte commençant à cumuler quelques dizaines d’années de pratique.
Parallèlement, j’ai vu des jeunes chevaux au travail se faire casser la gueule par des gens sensés être des pros, dans les années 80 et 20 ans plus tard et encore 40 ans plus tard.
Ce que j’ai vu changer c’est le matériel et le niveau des soins vétérinaires à la hausse, le niveau de l’enseignement et de la qualité globale de l’équitation à la baisse. L’humilité des pratiquants à la baisse, le volume des pratiquants et des propriétaires à la hausse. Le volume des ressources et connaissances vétérinaires et scientifiques à la hausse mais paradoxalement aussi un assistanat à la hausse et une connaissance individuelle à la baisse. Comme si l’abondance de ressources nourrissait un comportement de consommation de surface, d’apparence
Par exemple, si techniquement le matériel a considérablement évolué et c’est démultiplié, ce changement là a aussi fait apparaitre quantité de cache-misères et d’arguments commerciaux fallacieux.

L’équitation est véritablement devenue une entreprise commerciale de loisir et ça, à mon sens, c’est incompatible avec le respect du cheval et la transmission de l’art équestre au sens noble.
Par exemple, quand j’étais jeune, on n’avait pas de saddlefitter, et pas 36 modèles de mors ou de filet. Parfois les gens ne se posaient pas de questions mais la majorité de ce que j’ai vécu c’est, pour un cheval donné, une vraie capacité à choisir pour la bonne selle, bien la positionner, pareil pour le choix du mors, de son réglage et d son apprentissage, et surtout la transmission de cela des ainés vers les jeunes. Une connaissance de l’anatomie, de la locomotion, de la morphologie, du comportement, du matériel et de ses effets précise, donc des choix adaptés avec ce dont on disposait. J'ai l'impression que cette sagesse là s'est perdue
Aujourd’hui toutes ces connaissances autrefois empiriques sont identifiées et nommées scientifiquement, c'est super, mais les gens, en majorité, sur ces sujets, n’apprennent plus, ne savent plus, sont complétement dépendants de X pros de ceci ou cela pour choisir le moindre matériel adapté parmi une multitude de choix à l’intérêt variable. Je peux extrapoler cette constatation aux connaissances en parage, ferrure, éthologie du cheval, technique équestres, formation du jeune cheval, débourrage, soins de base, etc… Trop d’infos semble tuer la capacité à apprendre.

Je ne m'explique pas ce paradoxe, je le constate.
Les magasins regorgent d’outils magiques qui prétendent se substituer, à tort, à la connaissance, à l’apprentissage et au savoir-faire. Est-ce une amélioration ? J'ai l'impression que l'évolution technique loupe le coche de l'instruction des pratiquants. On gagne d'un côté, on perd de l'autre. Match nul.
En fait, j’ai l’impression que l’évolution a surtout nourrit les extrêmes. Donc le bien comme le mal. C’est pour cela que je ne parviens pas à la qualifier de positive globalement. Car autant parfois sur certains points ça l’est, autant sur d’autres points c’est totalement négatif.
Les choses sont différentes, à plus grand échelle, mais toujours le même ratio positif/négatif dans mon ressenti.
Comme on est sur le sujet de débourrage, pour refaire le lien, je trouve que ce moment crucial de la rencontre approfondie entre l'humain et le cheval, des fondations d'une éventuelle collaboration à venir, est extrêmement révélatrice de ce problème.