Petite disgression
Citation :
La dominance inter-espèces n'existe pas
Mmmmmm....moui... et non
Disons que formulé ainsi, de façon hyper réductrice et un peu biaisée, ça peut passer. Mais la réalité est plus complexe.
La communication inter-espéce existe alors que chaque espèce à son propre langage.
Ce raccourci de dire que la domination inter-espèce n'existe pas s'appuie sur l'idée que nous ne sommes pas motivé par les mêmes ressources (ce qui est grossièrement vrai et discutable quand même) et que par conséquent nous ne pouvons pas rentrer en compétition et exprimer une domination entre espèces différentes.
Mais en fait, le cheval ne sait pas qu'on ne convoite pas ses ressources. Donc, s'il est naturellement "très dominant", et que cette "domination inter-espèce ne s'organise pas alors il s'interposera quand on ira voir son copain de pré, il bousculera pour avoir plus vite son seau de nourriture ou d'eau, il refusera de bouger quand on lui demande,...
La définition de l'exercice de la domination en éthologie n''équivaut pas à un rôle de chef (un individu qui fait faire des choses aux autres). La domination équivaut à un ordre hiérarchique d'accès prioritaire. Cela n'inclut donc pas obligatoirement l'exercice de la brutalité non plus mais plutôt d'une détermination pour un acte égocentré (je veux telle chose, je me sers en priorité sur un ou plusieurs individus de mon groupe social mais pas forcément sur tous les individus du groupe) Chez les chevaux cet "ordre de passage" s'organise et se stabilise mais il peut être différent pour chaque activité menée, il peut être rediscuté au fil des évolutions des individus, du groupe, d'événements X ou Y,... C'est très complexe.
Quand un humain instaure des règles en sa présence, alors il s'inscrit entièrement dans cette organisation hiérarchique, ne serait-ce que pour garantir sa sécurité, et sans convoiter pour autant les ressources du cheval. Ce sont des "conventions" de politesse et d'écoute qui amènent le cheval à céder sa place, passer en second ou accepter une autorisation de la part d'un humain pour accéder à une ressource.
La domination inter-espèce c'est comme la communication inter-espèce : apprendre à comprendre un peu le langage de l'autre et développer un langage commun pour interagir dans la coopération dans le cas de la communication, apprendre à comprendre les intérêts de l'autre, lui faire comprendre les nôtres et développer une organisation hiérarchique commune pour collaborer sans conflits et malentendus.
Et pour faire le lien entre cette digression et le sujet du post, pour moi, c'est une belle illustration de cette fameuse évolution. Beaucoup de connaissances sont maintenant disponibles, accessibles et diffusées dans le milieu équestre, cependant elles sont simplifiées, peut-être trop et trop souvent à mon sens, jusqu'à la dénaturation. Donc ce qui au départ aurait du être une plus-value, devient une mauvaise interprétation.
Par ailleurs, et pour revenir cette fois, complément dans le sujet de départ : Xénophon, dans son traité d'équitation datant de 4 siècles avant JC !, écrit "Ne jamais user de colère avec les chevaux… La colère ne raisonne pas". Il loue tout au long de son traité la patience, le temps et la douceur nécessaire tout au long de la formation des chevaux. Il démontre une incroyable observation de la nature profonde des chevaux et en recommande le respect. Bien sûr, vu l'époque, les méthodes et les outils ne sont pas non plus toujours en mode bisounours mais l'approche et les conseils de cet auteur le plus ancien en la matière sont quand même très en accord avec ce que l'éthologie et les plus écuyers et écuyères les plus talentueux et respectueux de notre temps prônent.
Fin XVII, Début XVIII, La Guérinière écrit : "Ces imitateurs de justesse tant désirée amortissent le courage d'un brave cheval et lui ôtent toute la gentillesse que la nature lui a donnée". et aussi "La connaissance du naturel d'un cheval est un des premiers fondements de l'art de le monter, et tout homme de cheval en doit faire sa principale étude".
AU XXe siècle, Nuno Oliveira, portugais, parmi plus grands maîtres de l'art équestre, écrivait : "faites du cheval un compagnon et non un esclave, vous verrez quel ami extraordinaire il est".
Au même siècle, Kurt Albrecht, de Ecole d'art équestre de Vienne, défend philosophiquement et expose techniquement une équitation que ne doit jamais déranger le cheval mais le servir tout en restant invisible dans ses aides, une équitation centrée... Dont les principes sont complétement en adéquation avec ce que livre Sally Swift dans "Equitation centrée...
L'esprit équestre sain change de vocabulaire au fil des siècles mais me semble dire la même chose
