Je reviens par ici car je souhaitais vous partager un très chouette texte mettant à l'honneur les chevaux réformés des courses

Je ne savais pas trop où le mettre mais je pense que c'est le sujet approprié. L'auteure est Les Crins de Verdure sur facebook. Je suis sa page, j'adore son écriture et ses dessins
[i]"Les réformés de course, ces chevaux officiellement rangés dans la grande catégorie administrative du
« oui mais… non merci»
Le Pur-sang, par exemple.
Ce cheval dont certains se félicitent encore, torse bombé et regard de conquérant, d’avoir
« réussi à le faire sauter ».
Comme si le cheval venait de découvrir à 6 ans qu'il avait des jambes après avoir passé sa jeunesse à tricoter des pulls en alpaga dans un box.
Alors qu’on parle quand même d’un animal sélectionné pour courir et sauter à fond les ballons derrière d’autres fous furieux, sur des obstacles fixes, non négociables, et à la réception approximative.
Athlète longiligne, au cardio de marathonien kenyan, génétique , taillée pour l’effort…
mais qui, une fois la carrière terminée, se voit soudain attribuer une fragilité de vase ming.
"Attention. Ne pas plier.
Ne pas faire sauter , éviter les émotions brusques,les sacs plastiques , les opinions tranchées et ne pas respirer trop fort a proximité"
Et pourtant…
Des fois, quand toutes les planètes sont alignés et la lune en jupiter, il y en a qui n'ont aucun problème de santé.
Qui n’ont pas les pieds plats.
Ni conflit du processus épineux.
Ni abonnement annuel chez l’ostéo, le shiatsu et le rebouteux ...Des fois.
Et cette fameuse “fragilité émotionnelle”, on peut en parler.
Ce petit être fragile qu'on pretend capable de se désintégrer au son d’une fourche qui tombe ou à la vue d’un sac plastique passif agressif.
Mais quand on gratte un peu la croute on découvre que cette fragilité ressemble surtout …a une mémoire saturée.
Et puis en face, il y a le trotteur.
Celui dont les allures te font dire :
« C’est… particulier »,
avec le même sourire gêné qu'on a quand quelqu’un danse bourré à un mariage.
Il n’est pas très design.
Pas toujours "instagrammable” au premier regard.
Mais il arrive avec des options qu'il manque à beaucoup de chevaux.
un mental en béton armé,
une santé de paysan breton,
et une capacité à encaisser la vie sans faire un burn-out à la première flaque suspecte.
Il apprend parfois lentement, oui.
Mais quand c’est acquis, c’est gravé dans le marbre. Pas au crayon a papier ... Au marteau et au burin !
Ça en fait des chevaux plus polyvalent que n'importe quel autre cheval de sport.
Pur-sang comme trotteur ont souvent appris très tôt que le monde ne les attend pas toujours.
Qu’on ne leur demande pas s’ils ont compris.
Encore moins s'ils sont d’accord.
Que le moindre ralentissement est une faute professionnelle qui peut les conduire à finir leur carrière en lasagne chez findus.
On les a lancés dans la vie comme on balance un CV sur LinkedIn :
Trop vite, trop fort, sans suivi ...
Résultat : ces chevaux ne réagissent pas toujours à ce que vous faites,
mais à ce qu'ils ont enregistré comme des “expériences à ne surtout pas revivre”.
Une main un peu fixe rappelle une bouche qui n’avait pas le droit d’argumenter.
Juste d’exécuter.
Un cadre trop serré réveille le souvenir d’un monde où ralentir n’était pas une option,..
Ce ne sont pas des chevaux instables.
Ce sont des chevaux logiques…
simplement dotés d’un vécu un peu plus fourni que la plupart des chevaux de leur âge.
Et paradoxalement, quand on leur offre ce qu’ils n’ont jamais vraiment eu ; du temps, de la lisibilité,
une constance émotionnelle (la vraie, pas celle qui change selon la météo et l’humeur du cavalier) ils deviennent souvent les chevaux les plus fiables du lot.
Ceux qui ne font pas semblant et révèlent une capacité rare :
celle de faire sincèrement confiance…
après avoir appris à se méfier.
Les réformés de course ne sont ni cassés, ni inutiles, ni “à sauver de justesse” pour nourrir ton syndrome du sauveur.
Ce sont des chevaux qui ont eu un premier métier très exigeant, très tôt, très vite.
Et ça leur vaut parfois cette image de bête à chagrin alors qu'ils peuvent bien plus que ce qu'on leur en croit capable.
Ironique, quand on y pense.
On applaudit la performance…
mais on regarde le survivant avec suspicion"[/i]
