Drôle de coïncidence, je viens de tomber sur ce texte en lisant une de mes pages préférées sur facebook, Les Crins de Verdure
LE MONDE DES COURSES
"Le monde des courses et celui de l’équitation classique entretiennent une relation assez particulière.
Un peu comme deux cousins qui se regardent du coin de l'oeil toute l'année et se retrouvent à Noël à partager le même gratin dauphinois chez mamie.
D’un côté, les cavaliers de loisir qui découvrent un ancien cheval de course en s’exclamant :
“Mais il est complètement taré ce cheval !”
Et de l’autre, les gens des courses qui répondent :
“Non madame, on est de vrais professionnels , on est pas là pour compter les pâquerettes .”
Parce qu’au risque de choquer les propriétaires de licols éthologiques couleur sauge et terracotta assortis aux bandes de repos… les courses, ce n’est pas du loisir !
Ce n’est pas un atelier de développement personnel mais un vrai métier. Un métier passion, oui… mais avec des salariés, des charges, des tracteurs a entretenir , des hectares de foin, des factures vétérinaires capables de provoquer des arrêts cardiaques à sa simple lecture et des chevaux qui coûtent le prix d’un studio à Nice avant même d’avoir rapporté la valeur d'un sachet de carottes.
Alors oui, dans l’équitation classique aussi ça coûte un rein et la moitié du foie. Certes.
Mais dans les courses, si pour chaque poulain né il fallait attendre cinq ans avant de découvrir qu’Étincelle du Château du Souffle du Vent d’Ouest préfère contempler les nuages et manger des pissenlits plutôt que de labourer les champs de course … le modèle économique exploserait en seulement quelques semaine.
Pour que ça fonctionne il faut aller vite.
Très vite.
Le but est de savoir rapidement si Jean-Bernard de l’Étang du Chêne Vert va devenir champion… ou préférera transporter Jeannine en forêt le dimanche pendant qu’elle raconte ses problèmes de sciatique à Monique.
On n’a pas toujours le temps de lui demander son rapport émotionnel au mors olive double brisure.
Alors récemment, une personne a commenté un de mes postes en expliquant avec plus d'indignation que de savoir-vivre , que les poulains “complètement pétés du casque” que je débourrais auraient dû être confiés à “de vrais professionnels” et que cette simple phrase illustrait une méconnaissance du monde des courses.
Alors je vais préciser un détail :
j’ai travaillé dans les courses un certain temps.Mais genre " pour de vrai ".
Je ne me suis pas contenté de regarder un reportage Arte sous un plaid avec une infusion verveine.
J'ai eu un contrat de travail , des fiche de paie , congés payés et tout le tralala.
J’ai donc été, techniquement, une “professionnelle des courses”. Ca vaut ce que ça vaut , mais c'est un fier.
J’ai monté aussi bien des galopeurs que des trotteurs.
J'ai travaillé entre autres pour un entraîneur de trotteurs qui faisait ce métier depuis trente ans… après son père qui le faisait déjà avant lui.
Une entreprise familiale chez qui les méthodes étaient simples, efficaces et transmises de génération en génération comme une recette de bourguignon.
On attachait le jeune au mur.
On sellait directement à l’attache.
Et si le poulain décidait de tirer au renard ,un bon coup de pied au cul venait lui rappeler que la philosophie de la maison était davantage tournée vers l'efficacité que vers l'émotion.
Je montais dessus dans le rond de longe et si, quinze minutes plus tard, j’étais pas encore par terre ,le cheval partait directement sur la piste avec moi dessus.
Youpi tralala
Puis un jour, j’ai monté un trotteur d’environ trois ans ... Un de plus parmis les 4/5 qu'on pouvait faire dans la journée.
Me voilà sur la piste sous le regard attentif de l’entraîneur.
Sauf que cette fois-là, le cheval prend le galop.
Et il galope comme si sa vie en dépendait.
Au premier tour l’entraîneur fronce les sourcils...il est manifestement pas content.
Au deuxième tour il me fusille du regard , au troisième tour il me hurle :
“Jette-le dans le décor !”
Ce qui, en langage professionnel voulait dire :
“Démerde-toi mais arrête-moi ce cheval avant qu’il ne prenne goût au galop et détruise sa carrière de trotteur ".
À ce stade, j'avais compris qu'il ne me restait que deux options , mourir d'épuisement ou réduite en charpie par l'entraîneur. J'avais même pas la vingtaine , j'ai pas beaucoup réfléchi.
Alors au bout de la ligne droite, j’ai tenté de l’empêcher de prendre le virage... Celui qui était en contre haut des paddocks...
Nous avons effectué ensemble un magnifique roulé-boulé dans le contrebas de la piste qui ressemblait plus à accident de machine à laver qu'à une chute de cheval.
Nous avons failli y rester ... Mais heureusement nos corps se sont rapidement séparés pour poursuivre leur chute chacun de leur côté :/
Et je me suis fait engueuler comme si j’avais personnellement mis le feu a l’écurie parce que le cheval avait fait deux tours au galop.
Bref.
J’ai arrêté.
Alors évidemment, je vous entends déjà dire :
“Oui mais pas tous les entraîneurs !”
“Pas toutes les écuries !”
“Pas tout le temps !”
En effet. Tous les professionnels des courses ne travaillent pas comme ça , heureusement.
Il y a des gens remarquables , des chevaux équilibrés et des méthodes plus intelligentes que d'autres. Mon expérience n’est pas une vérité absolue mais il ne faut pas non plus faire semblant de découvrir la poudre quand le monde des courses traîne une réputation compliquée.
Cette image ne vient pas uniquement d’un complot orchestré par trois moniteurs d’équifeel qui ont abusé de la tisane bio , elle vient aussi de pratiques parfois brutales, anciennes, expéditives… et longtemps considérées comme normales.
Ma voisine éleveuse de galopeurs s’offusque probablement de voir mes chevaux dehors l’hiver, sous la pluie, dans un terrain boueux, à vivre en troupeau et parfois se coller deux ou trois coups de pieds diplomatiques.
Pour elle, c’est quasiment Koh-Lanta pour poneys.
Et à l’inverse, beaucoup de cavaliers classiques regardent les chevaux de course comme des machines branchés sur 380 volts. A les entendre il suffirait de leur mettre le sabot dans un prise pour alimenter une ville entière en électricité.
Chacun voit midi à sa porte.
Mais il faut reconnaître une chose :
les chevaux sont rarement aussi bien suivis physiquement que dans les courses.
Le corps est entretenu comme de la mécanique de precision mais le mental est souvent passé au second plan ( vaut mieux des jambes qu'un cerveau sain quand il s'agit de courir vite ).
Dans l’équitation classique, on fait souvent l’inverse :
on veut un cheval bien dans sa tête avant tout.
Quitte à avoir un athlète construit physiquement comme une chips molle ( suivez mon regard ).
Évidemment, ce sont des raccourcis ,pas des vérités absolues.
Mais ce sont des tendances qu’on retrouve souvent.
Alors forcément, quand le cavalier de loisir récupère un cheval de course il découvre avec stupeur qu’un pur-sang réformé ne se pilote pas exactement comme Bonbon poney shetland asmathique élevé depuis douze ans dans le respect mutuel, les carottes bio et les stages d’equifeel avec musique de flûte amérindienne.
Alors heureusement entre les deux, il y a l'écurie de reconversion.
Ces gens courageux dont le métier consiste à expliquer calmement à un ancien cheval de course qu’il n’est pas obligé de traverser la carrière en apnée à Mach 12 parce qu’une feuille est tombée derrière la lice.
Et ça, mine de rien, c’est un vrai métier.
D'autant que les deux mondes ont besoin l’un de l’autre.
Les courses fabriquent des athlètes hors normes.
Des chevaux courageux, généreux, explosifs, capables de performances incroyables et l’équitation classique, elle, récupère souvent ces chevaux pour leur apprendre une deuxième vie ailleurs que chez findus.
Une vie plus lente , plus stable avec moins de vitesse et davantage de neurones disponibles.
Une vie où chaque bruit n’annonce pas forcément le départ du Prix d’Amérique.
Au fond, ce ne sont pas deux univers ennemis.
Ce sont juste deux métiers différents qui se croisent autour du même animal.
Et quand chacun accepte enfin de regarder le travail de l’autre sans mépris, sans caricature et sans transformer Facebook en championnat du monde de la mauvaise foi… c’est souvent là qu’on offre aux chevaux les plus belles reconversions.
Les crins de verdure."
L'image vachement encourageante pour mon essai lundi...

J'espère quand même que je ne fais pas une grosse bêtise

Je sais tenir à cheval aux trois allures mais j'ai rarement monté des chevaux dits "chauds" ou jeunes ou si mais quand j'étais plus jeune en club, ça date... Et je me demande si ce n'est pas plus pour me prouver que je suis capable de réaliser quelque chose qui sort de l'ordinaire que par réel intérêt du métier :/