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La punition et le bien être animal
Posté le 22/11/2025 à 09h29
tam89
En fait la notion de punition dans les théories de l'apprentissage est très simple (chez l'humain comme chez l'animal) : une punition est une réponse à un comportement qui réduit la probabilité que ce comportement se reproduise.
(Alors que le renforcement est une réponse à un comportement qui augmente la probabilité que ce comportement se reproduise)
Il n'y a aucune dimension morale (c'est bien c'est mal, c'est méchant c'est gentil), et la temporalité ne joue pas dans la définition (par contre elle joue dans l'efficacité, mais c'est une autre question). C'est purement mécanique : diminution ou disparition du comportement = punition, réapparition et augmentation du comportement = renforcement.
Donc les exemples que tu décris sont typiquement des punitions : l'individu à un comportement qu'on veut faire diminuer ou disparaître, on ajoute un désagrément (la jument qui recadre son poulain, l'humain qui met une tape au cheval qui mord)
Ensuite on va parler de punition (ou de renforcement) positif ou négatif : l'ambiguité de ces termes entraîne parfois une confusion (positif =agréable et négatif =désagréable, ce que j'ai d'ailleurs lu dans certains messages de ce post) alors qu'en l'occurrence ils ont une valeur non pas morale mais purement mathématique : positif au sens de addition (on ajoute un stimulus aversif), négatif au sens de soustraction (on enlève un stimulus appétitif)
Exemple typique avec un chien qui saute sur les humains pour leur dire bonjour et chez qui on veut faire cesser ce comportement : soit on applique une punition positive, donc on rajoute un stimulus aversif (on le tape, on le gronde), soit on applique une punition négative et on retire un stimulus appétitif (on se détourne de lui, donc on lui retire ce qu'il venait chercher : de l'attention, du jeu etc. ).
La punition négative (c'est à dire le fait de retirer quelque chose d'agréable) est d'ailleurs souvent utilisée en éducation positive pour favoriser les autocontrôles.
Par contre, il a été démontré que "l'efficacité" d'une punition (c'est-à-dire son efficience dans l'apprentissage), qu'elle soit négative ou positive, est immédiatement corrélée à son immédiateté (plus la punition est éloignée du comportement indésirable, moins la probabilité de voir diminuer ce comportement est élevée) et à sa cohérence : pour que l'effet d'une punition soit optimal il faudrait qu'elle soit appliquée à chaque fois que le comportement se produit. Typiquement, la jument n'a pas d'états d'âmes : chaque fois que son poulain devient relou, elle le dégage (l'humain est souvent beaucoup moins constant dans ses réactions)
Et il a également été démontré que l'efficacité de la punition diminue si elle n'est pas corrélée au renforcement du comportement qu'on veut voir se produire et se répéter à la place du comportement qu'on veut faire diminuer.
Je n'ai pas d'exemple très probant qui me vienne en tête dans l'éducation animale (j'ai plus étudié la question chez l'humain), mais si on reprend le cas du chien qui saute sur les humains pour dire bonjour, la probabilité que ce comportement disparaisse va être plus élevée si on encourage un comportement alternatif. On va punir le comportement non désiré (soit P+ : on gronde, soit P- : on se détourne), et parallèlement on va renforcer le comportement désiré (accorder un temps de jeu ou de caresse chaque fois que le chien se présente poliment par exemple)
Pour moi il est illusoire de penser qu'on puisse domestiquer un animal (donc lui imposer un cadre de vie qui est forcément différent de son cadre de vie à l'état sauvage, et interagir avec lui) en n'utilisant pas du tout la punition, ne serait-ce que pour sa propre sécurité.
Chez la plupart des gens qui prétendent (ou qui aspirent à) ne faire que du R+, il y a du P+ ou - à un moment ou l'autre. Ne serait-ce que mettre un licol : même si on a amené le cheval à accepter le licol en travaillant en R+, le fait de le mettre (et de ne pas conduire son cheval partout en liberté) c'est accepter qu'on puisse potentiellement avoir recours à la punition : si mon cheval se met en danger en allant sur une route par exemple, la longe va se tendre pour l'en empêcher, c'est du P+ (j'ajoute un stimulus aversif : la tension de la longe, pour diminuer la porobabilité que ce comportement se poursuive et se reproduise)
La vraie question devrait être : l'apprentissage (inhérent à la domestication et au fait qu'on place un animal dans des conditions différentes de sa vie à l'état sauvage, et qu'on le contraint à avoir des interaction avec des humains) est-il compatible avec le bien-être animal?