Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage

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Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 15/08/2021 à 19h25

Bonjour à tous !

Je nous ai déjà présenté par-ci, par-là dans quelques topics plus génériques, mais je me rends compte que plus on avance, plus j'apprécie de tenir notre "journal". Je me suis donc dit qu'il était temps d'ouvrir notre topic ! (Et surtout, j'ai enfin un Pivo donc je vais avoir de quoi illustrer tout ça ahah).

Début 2021, la remise en question

Nous sommes en février, il fait moche, je suis en vacances et confinement oblige, je n'ai rien d'autre à faire que buller dans mon canapé en massacrant des tablettes de chocolat. Je suis déprimée, je travaille trop, j'en ai marre. J'ai arrêté de monter à cheval en 2017; j'ai terminé mes études et trouvé du travail en Irlande. Les choses se sont enchaînées trop vite et je décide de ne pas monter pendant un moment, le temps de "trouver ma routine". Finalement, je ne suis jamais montée en Irlande, trop compliqué à partir du centre-ville, toujours d'autres priorités... En 2019, je quitte mon travail et reviens en Belgique pour me faire opérer du dos. Je choisis une technique expérimentale car c'est le seul traitement qui me permettrait de remonter à cheval. Fast forward jusqu'en 2021, je pète la forme physiquement, je mène une vie normale, mais en dedans... Je suis vide. Je prends conscience que la proximité des chevaux me donnait une raison de vivre et qu'il est temps de refaire de la place pour ce qui compte. Je trouve un petit centre équestre pour me remettre en selle en mars et c'est décidé : pour fêter les 2 ans de mon opération, je lance le projet "propriétaire".

Pendant quelques semaines, je fouille les annonces, révise mes budgets, cherche une écurie... Finalement, je prévois trois visites le 24 avril 2021. Pile deux ans après mon opération, ce jour qui a fait basculer ma vie, pour moi c'est un signe. Le 23 à 17h, les différents vendeurs m'appellent, les chevaux sont vendus. Gros coup de barre, j'avais tellement d'espoirs... Par dépit, je finis par contacter le vendeur d'un hongre, bien dans mes critères, mais dont l'annonce tourne et tourne depuis 4 mois, alors qu'il ne semble avoir que des qualités ? Le rendez-vous est pris pour le lendemain midi, je me dis qu'au pire, ça sera une "expérience d'essai" et ça me ça me donnera une comparaison pour le suivant.

On me présente un cheval sensible, délicat, hyper stressé et malgré tout, tellement poli en main, super agréable à monter. Je ne le réalise pas encore, mais c'est le coup de coeur. Je suis coincée dans le rationnel, mais tout mon entourage me le dit "quand tu parles de ce cheval, y a un truc". Je décide d'y retourner pour un autre essai, je doute... A nouveau, tout se passe super bien. Cette fois je suis accompagnée d'une professionnelle qui me confirme qu'elle ne voit pas de défaut majeur à ce cheval, qu'il vaut son prix. Est-ce que c'est le bon ??? Allez, à un moment, il faut sauter dans le vide...

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Le vendredi 7 mai, visite vétérinaire. Tout se passe bien, on refait des radios, on teste un truc, un autre, la véto revérifie... Finalement, on a fait le tour, elle se tourne vers moi "Et ben voilà... Félicitations !" Je réalise à ce moment-là que c'est fait, il ne reste qu'à signer, et attendre qu'il arrive. Le soir même, sur le coup de 21h, voilà mon rêve de gamine qui débarque:

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Je suis donc depuis un peu plus de 3 mois propriétaire de Pastor de Vara, hongre Pure Race Espagnole de 6 ans, né en Espagne et importé en Belgique en 2020. Avec sa gigantesque crinière et son regard enchanteur, j'ai pensé pendant des mois que c'était un cheval à problème ou avec un vice caché qui attendait d'être refourgué à une gamine... Ma mère continue de dire que c'était le destin, et qu'il fallait juste qu'on se rencontre. Je suis absolument raide dingue de ce cheval, outre le trouver superbe, il s'est révélé avoir une personnalité et un mental en or brut.

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Je vais reparcourir nos grandes étapes des trois premiers mois dans mes prochains posts et puis continuer notre histoire au jour le jour ! Merci d'avance à ceux qui liront, commenteront, auront des avis constructifs ou des conseils à donner... A bientôt pour la suite :-)

Prochaines étapes de ce journal:

Boiterie et transition pieds nus
Convalescence et découverte du travail à pieds
Connection Training et travail en R+
Reprise du travail monté
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Édité par uneraell le 07-11-2021 à 20h17

Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 16/03/2023 à 19h28

Lundi : Malgré les trombes de flotte des derniers jours, le sol du rond de longe était impeccable (j'en croyais pas mes yeux) donc séance de liberté / pas espagnol / longe. Je le laisse d'abord se défouler en "jouant" avec lui, on a un deal "chacun sa moitié du rond de longe", c'était assez marrant. Il était hyper attentif donc j'en ai profité pour bosser les rappels (ce que je n'avais jamais vraiment fait). Il était à fond, je les ai eu dans un trot hyper enthousiaste dès le premier essai. Ensuite un peu de travail du pas espagnol pour lui faire penser qu'il faut pas uniquement lever les pattes avant, mais qu'il est aussi doté de pattes à l'arrière de son noble popotin. Or, quand il pense trop à ses antérieurs... Il finit en campo. Ce qui devait arriver arriva : il a essayé de faire des jambettes en campo sur 3 pieds. J'étais pliée de rire. Ca lui a emmêlé le cerveau quelques minutes quand j'ai commencé à cliquer les mouvements de postérieurs tout en proposant les jambettes. J'adore le voir réfléchir, il était trop chou !

Ensuite petite longe. Je suis toujours pas fan de longer dans un rond de longe, je trouve que ça limite vraiment l'intérêt du travail. Par contre, ça m'a rappelée à quel point il était fin et vraiment hyper chouette à longer. Il était très attentif et a même galopé aux deux mains sans se désunir, je crois que c'était la première fois ! Avant, il stressait tellement qu'il finissait toujours par courir n'importe comment (d'où le fait que je ne longe pas comme "défouloir")

Mardi : Tempête. Le pire vent qu'on ait eu cette année et avec DES TROMBES D'EAU. Absolument et terriblement infâme. Arrivée dans l'écurie avec Pastor (son box est à l'extérieur pas dans un bâtiment), je me suis demandée si j'avais bien fait de le sortir pour traverser ça, vu le stress des chevaux autour de lui. Or, il a mis quelques minutes à vraiment se poser, puis c'était bon. Mini séance dans le manège, j'avais sorti des cônes et des barres pour qu'il puisse proposer des choses. Il était tendu, mais quand la pression montait, il allait au cône le plus proche pour cibler, donc il s'est cadré tout seul. On a fait du "tu touches le cône que tu veux, mais jamais deux fois le même d'affilée". Avec un tracteur dans la stabulation en parallèle, les conditions étaient tout sauf calmes, pourtant ça s'est bien passé. Retour au box aussi sans drame.

Assise dans ma voiture, j'ai réalisé que 1) j'étais limite essouflée tellement j'avais tout fait dans l'urgence 2) c'était l'apocalypse dans ma tête alors qu'en fait... Ca s'est bien passé. J'ai rushé tout ce que j'ai fait alors que j'avais plus de 2h devant moi et j'ai sans doute rajouté à Pastor un paquet de pression inutile. Je ne pense pas qu'il ait spécialement apprécié l'interaction, et objectivement... Ben moi non plus. Je sais pas trop pourquoi je me détache parfois de ce qui se passe, mon cerveau s'emballe et je suis totalement déconnectée du moment. J'en ai discuté avec une amie et on a trouvé une solution bête: je vais mettre un timer de 15mn sur ma montre pour me servir de rappel de "stop, respire, qu'est ce que tu ressens là maintenant et ton cheval qu'est ce qu'il ressent et comment il vit la situation."
Pastor de Vara, histoire d'une leçon d'ancrage, tout ça, tout ça...

Aujourd'hui: La même que lundi dans le rond de longe. Il a capté qu'il devait utiliser ses postérieurs sur le pas espagnol, donc il a commencé à proposer des avancées de postérieurs en synchro avec des jambettes presque dignes. C'est vraiment chou le façonnage libre, c'est une conversation hyper riche et très perméable, il y met tellement du sien !

Petite note sur le façonnage libre: Mieux connue avec le nom anglais de free shaping c'est une technique d'entraînement qui se base sur la capture d'approximations qui mènent au résultat qu'on voudrait obtenir. C'est à dire qu'on va à 100% avec les suggestions du cheval. Cela demande un timing d'enfer, un excellent sens de l'observation et un cheval qui est force de proposition.
Ca fait pas longtemps que je l'utilise parce que justement, c'est vraiment pas facile à utiliser sans que ça devienne un yolo total. J'ai vaguement eu l'idée d'entraîner le pas espagnol entièrement en free shaping, ce qui aurait supposé de laisser Pastor marcher en liberté, puis cliquer dès qu'il lève un antérieur choisi, puis cliquer chaque mouvement un peu plus "marqué" de l'antérieur, puis chaque mouvement qui va un peu plus "vers le haut", etc. Ca paraît énormément long dis comme ça, mais avec un bon entraîneur et un animal qui a l'habitude de réfléchir, ça va hyper vite. J'avoue avoir eu la flemme pour commencer, et avoir donc utiliser la cible pour arriver rapidement à l'idée "lance ton antérieur".
En revanche, maintenant que je veux affiner les critères du mouvement (avancée des postérieurs, élévation de l'épaule, appui vertical, etc) c'est beaucoup plus facile d'être en free shaping qu'avec une cible, parce que je peux 100% me concentrer sur lui et attirer son attention sur de micro-variations du mouvement.
On différencie le façonnage libre du façonnage simple (shaping) par le fait qu'en shaping, l'humain choisit les étapes / approximations qu'on veut pour faire évoluer le comportement et va mettre en place des changements dans l'environnement pour les provoquer chez l'animal.

Reste du programme : découverte de la carrière. On a du ré-analyser la brouette mangeuse de poneys (elle est à environ 10m de l'entrée et Pastor a littéralement sauté l'entrée de la carrière à cause d'elle. Pour vous dire comme il est en veille sur son environnement...) . Ensuite on a longé la carrière pour re-rentrer par l'opposé et revenir petit à petit vers la vilaine brouette. Quelques arrêts respiration / écoute du vent / tout va bien. Il était à nouveau plutôt relax. Petit stress à la brouette en sortant, mais pas de fuite vers l'avant. Bonne journée !

J'avais mis mon timer toutes les 15mn, c'est peut-être un peu artificiel comme méthode, mais ça m'a vraiment aidée à checker que je restais en pleine conscience, et je me suis sentie très apaisée en fait. Je vais continuer de le faire !

Liquescence

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Posté le 17/03/2023 à 15h25

DIs donc c'est chouette j'ai l'impression que tu réussis à passer souvent le voir, et qu'il a une attitude de plus en plus positive au travail et dans les intérractions avec toi :) Tu dois être ravie ! Il devait être adorable avec ses rappels.
Ta réflexion post séance tempête, ça me fait penser au fait que parfois c'est nous qui appréhendons/"on imagine le pire", alors qu'au final eux ce n'est pas forcément le cas, et ils vivent au final dans ce contexte météo quotidien?

Uneraell

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Posté le 17/03/2023 à 18h06

liquescence je vais à l'écurie 5 fois par semaine, ça n'a pas changé :) . Oui son attitude évolue, c'est plus facile en dehors du manège. Ses associations y sont mauvaises donc y a toutes mes bêtises à récupérer. C'est nul, mais au moins ça m'a appris quelque chose et ça progresse par conséquent rapidement ailleurs. J'essaie de rationaliser en me disant que l'hiver dernier, j'ai passé 6 semaines sans pouvoir le toucher sans me faire bouffer, donc ici au moins on n'arrive pas à grand chose mais le résultat n'est pas si pire mdr

Je suis d'accord avec ce que tu dis sur les projections. C'est vraiment un gros problème pour moi, je suis plus souvent dans la supposition de ce que la situation devrait être / pourrait être que ce qu'elle est vraiment. M'enfin, je vais bien finir par y arriver...

Le bon côté, c'est que mes évaluations au boulot sont excellentes, les remarques sont unanimement positives sur l'évolution de mon attitude depuis un an

Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 19/03/2023 à 14h44

Question rapide pour ceux qui font régulièrement des stages ou déplacements. J'envisage de participer à un stage en septembre à environ 1h30 de route de la pension. La question étant : est ce que j'embarque le quadrupède dans l'aventure ? C'est un stage de perfectionnement au clicker training, je me dis que pour une première sortie du genre, ça serait très probablement plus facile pour lui qu'un stage orienté travail monté.
90km j'ai l'impression que c'est énorme, 1h30 de route par contre, pas tellement ? C'est que de la nationale.
Faut aussi que je trouve un transporteur car ma voiture ne tracte pas et je ne me sens pas de louer un camion. Dans les deux cas, ça double de toute façon le prix du stage... Mais le transporteur qui a déménagé Pastor est situé vraiment pas loin du lieu de stage, donc ça pourrait être une bonne option.

Vous faites comment habituellement ? C'est quoi vos limites en terme de temps / coûts ?

Liquescence

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 20/03/2023 à 10h50

Pour moi ça dépend surtout du type d'hébergement possible, ou non, et si tu peux arriver un peu avant. 3h sur un journée c'est pas l'idéal à mes yeux mais ça se fait, je priviligerais peut être une arrivée la veille par exemple. Souvent sur mes stages de 2j j'ai facile 150/200e de + entre la route AR (1/1h30 aller), dodo du cheval...

Earphoria95

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 20/03/2023 à 15h47

plop !

je prend enfin le temps de rattraper vos aventures depuis le post sur andy. y'a des post qui se lisent et se digerent vite, le tien il me faut parfois un peu de temps j'avoue !

je vais repondre en mode question ouverte, suis un peu la suisse sur ce genre de thematique, donc n'y voit pas de remise en cause de tes pratiques, c'est vraiment ce qui me passe par la tete en relisant "a voix haute".

donc sur andy je n'ai pas d'avis, j'avoue que les points qui te chagrinent que tu soulevent, au final c'est ce qu'on voit dans 95% des cas, que ca soit en classique ou en western. en soit je comprends qu'on aie envie de laisser une porte ouverte a faire autrement, m'enfin ca suppose d'avoir beaucoup de temps, mais egalement beaucoup de finesse et pas mal d'experience pour faire ca dans une mesure efficace et surtout securitaire.
je ne suis pas sure que ca soit applicable dans le monde equin de nos jours, dans la mesure ou on est quand meme dans un systeme "economique" faut pas se leurrer, ce qui suppose de la rentabilité et donc une prise en compte du facteur temps.
je peux egalement comprendre qu'un humain lambda qui va monter a cheval, envisage de devenir proprio ou autre ait aussi envie d'avoir un cheval qui ne sur reagit pas.
on peut aimer les chevaux, leur offrir un cool mode de vie, et vouloir quand meme les utiliser.

typiquement en western, ils appliquent a mort l'immersion . et oui derriere leurs chevaux ne reagissent plus a grand chose. est ce que c'est "mal" en soit ? ca depend ce qu'on veut . eux c'est ce qu'ils recherchent, un animal fiable et resistant a la bombe H. donc y'a en effet une part de lobotomie.
est ce qu'un autre chemin est possible ? oui. Mais aussi rapidement dans un systeme ou les chevaux doivent performer a 3 ans ? not sure.

perso le confort et l'inconfort j'applique, et notamment a pied, et notamment avec dryade qui avait tendance a avoir des reactions assez peu nuancée quand elle avait bof envie.
typiquement l'embarquement . bon bah c'etait non plantée. et direct non tout debout. pourquoi elle ne veut pas monter dans la boite ? bah je le sais en soit, c'est petit , claustro, y'a pas de potes, c'est bruyant , ca va secouer, et ca suppose de descendre dans un endroit qu'elle connait pas et ou elle va en plus devoir bosser.
Bon a partir de la j'avoue qu'a part lui montrer que la boite au final c'est plus confort que ne pas monter dans la boite, que faire ?
je veux qu'elle monte. pour aller en concours ou pour aller en clinique c'est pas le debat , je veux un cheval que je peux embarquer seule et rapidement.
je veux un cheval "securitaire" . si ca se met droit debout et ca me pallette la tronche, j'ai beau l'aimer, on a un probleme houston. Ici c'est sanction direct. elle peut avoir toutes les excuses du monde, ca c'est niet.
ma securité passe avant la gestion de son non.

sur les phases, les affinités, le coté alpha, les outils, j'ai pas d'avis reel. sur la gestion du non, le confort / inconfort, et l'immersion, c'etait les quelques interrogations que ca me faisait remonter.

bon pour le reste je rattrape. je comprends la joie du grooming mutuel, avec dryade on fait souvent, ca me fait toujours plaisir.
compassion de la pelle. a priori pas de bobo c'est deja ca !

pour le stage c'est sur une ou deux journées ? sur 2 jours ca ne me choque absolument pas, sur une journée non plus d'ailleurs, surtout si c'est de la belle route. Sur une journée le max de transport que je leur mets c'est 4H au total quand la route est ok . Genre aller retour a la plage que de l'autoroute no pb bob.
apres si tu as peu d'autre contrainte je ferai comme dit liquescence quitte a le deplacer autant faire ca sur deux jours, arrivée la veille ou partir le lendemain, quitte a profiter d'etre sur place pour lui montrer un peu autre chose !
en terme de cout j'ai pas vraiment de sujet vu que j'ai ma voiture et mon van. je fais un peu plus gaffe au prix de l'essence mais je ne me limite pas vraiment.

Uneraell

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Posté le 20/03/2023 à 19h20

liquescence Merci ! C'est sur deux jours, avec hébergement en paddock et a priori, possibilité d'arriver le vendredi soir (et même de dodo sur place pour moi). En effet, vu comme ça, ça paraît pas si dingue, outre le prix du transporteur (ça m'étonnerait que je m'en tire à moins de 300 balles)



earphoria95 Merci aussi pour ton feedback sur le stage / déplacement !

Je t'avoue que remise en cause ou non, je le vis très bien. Y a beaucoup de gens qui critiquent "ma" (je mets des guillemets parce que c'est pas juste moi dans mon coin, mais les personnes avec qui je gravite et qui travaillent avec la même philosophie). Ca ne me pose pas de problèmes, parce que c'est - selon moi - une différence d'objectifs et de perception du cheval.

J'ai essayé de te répondre sans encore sortir un immense pavé, j'ai réécrit deux fois, mais faut croire que j'arriverais jamais à te répondre en 5 lignes XD. Mais je pense que si, on se leurre en fait. On se leurre si on veut continuer de monter à cheval et d'utiliser les chevaux, parce qu'il y a une tranche de plus en plus importante de la population de non-équitants qui remet en question l'équitation. Dans le monde francophone ça a l'air encore bien enterré, mais dans les pays nordiques et aux Pays-Bas, ça prend vraiment de la traction. Un sondage a récemment été fait en Norvège et presque 50% des répondants sont d'avis que les chevaux ne devraient plus être utilisés pour le sport. Le Danemark a sorti un rapport après 4 ans d'analyse de la filière équestre, avec 1 an à la fédération pour réagir avant de faire monter ça au gouvernement. Et à côté de ça, la détente du CDI de Götheborg est filmée et partagée en live pendant toute la compétition et on n'y voit QUE des trucs infâmes. Et encore, y a un coin qui était pas filmé, et y a un paquet de chevaux qui y ont disparu pendant 3mn (et quelques uns qu'on voit bondir soudainement dans le cadre en train de se prendre de sales dérouillées). Je veux pas nécessairement aller dans les analogies extrêmes, mais l'esclavage a été aboli alors qu'un paquet d'esclavagistes étaient toujours d'avis que c'était parfaitement légitime et que c'était nécessaire économiquement parlant. Enfin à un moment, y a un paquet de professionnels qui devraient se sortir la tête du sable. (Je laisse volontairement la discussion de "l'amateur" de côté, qui fait généralement bien ce qu'il peut, avec l'encadrement qu'il a).

Je ne suis pas d'avis que parce que c'est normalisé, répandu et confortable, c'est éthique ou respectable. Alors certes ça prend du temps. Mais c'est normal, non ? Andy Booth, il manque de finesse, d'expérience, et il lui a fallu 1 an et demi pour apprendre à débourrer des chevaux ? En Grande Bretagne et aux Etats Unis, il y a plusieurs refuges pour chevaux qui apprennent aux enfants à entraîner des chevaux uniquement en clicker training, et quand tu vois des Clydesdales gigantesques qui font tous les plaisirs d'une gamine de 8 ans qui pèse autant qu'un seul de leurs antérieurs... C'est une question d'éducation, rien d'autre. Dans tous les cas, entraîner des chevaux de façon sécuritaire demande de la finesse, de l'expérience, et du savoir.

Je comprends ton argumentaire avec Dryade. Je le conçois, mais je suis pas d'accord. Pastor m'a dégagée y a deux semaines, il avait "pas le droit", mais c'était de ma faute. Il a prévenu plusieurs fois que ça n'allait pas, et j'ai ignoré. Si quelqu'un devait prendre une claque, c'est moi, pas lui. Il n'est pas ma chose, c'est moi qui l'ai forcé dans une situation où je lui ai plus laissé d'autres choix que d'être violent envers moi, il est un individu à part entière, et on fera ensemble ce qui se fait dans la coopération et le partenariat. Ca veut pas dire qu'il a le droit de tout, tout le temps, mais j'adapte. Etre à l'écoute c'est aussi une façon de rester en sécurité.
J'adore l'équitation, j'adore le dressage, je rêve de piaffer, et si ça se trouve, je lui monterai plus jamais dessus. Ca me chaffouine pas plus que ça, parce que je refuse de le faire avec comme pré-condition qu'il ait été battu dans la soumission (outre le fait qu'avec un cheval pareil, faudrait sérieusement être suicidaire, parce qu'il a peur d'un paquet de trucs, mais certainement pas de l'humain). Après, chacun voit midi à sa porte. Comme je disais au début, c'est une question de vision du cheval. Je lis pas ton (vos) post(s) pour rien, y a des choses avec lesquelles je suis pas d'accord, mais j'en trouve d'autres intéressantes. Je pense juste qu'il faut rééquilibrer la balance du "qui veut quoi" dans le sens du cheval.

Après, confort / inconfort, R+ / R-... C'est une autre couche au débat. Y a des entraîneurs full R- dont j'admire le travail, parce que les pressions sont éducatives et sans escalade. Par exemple Sonja Weber et son jeune Magusto, dont elle documente le travail depuis son arrivée du Portugal. Le machin, il avait peur de son ombre, y a des vidéos où il explose parce que sa selle a rapé le mur et il a eu peur du bruit. Il est d'une sensibilité absolument hallucinante. Elle travaille de façon hyper traditionnelle (dressage classique, à la Anja Beran) et franchement, j'aurais pas grand chose à reprocher à son travail, parce qu'elle met jamais le cheval dans le rouge volontairement, elle avance strictement à son rythme à lui, elle réfléchit constamment comment rendre les choses plus claires, plus faciles. Alors certes, elle a un niveau d'excellence qui se trouve que chez les grands écuyers, mais le cheval est clairement pas de ceux qu'on filerait à n'importe qui de toute façon. Je ne pense pas qu'elle ait jamais eu besoin de lever la main dessus, parce qu'elle ne lui a jamais donné aucune raison de se défendre contre elle.

Cela dit, on est tous humains hein, je jette la pierre à personne. Déjà parce que j'ai fait des trucs que je trouve désormais horribles avec les chevaux, à un moment où je savais pas faire autrement et où tout le monde me disait que c'était normal. Quand Pastor a cassé mes lunettes lundi dernier, il a pris une tape parce que j'ai aussi des réflexes et un instinct de survie. Mais aujourd'hui, il était dans la même humeur, et j'ai géré la situation différemment. J'ai pris le temps, j'ai fait plein de mini étapes pour mettre et enlever le licol. Oui c'est chiant, ça m'a pris 2 minutes la première fois alors qu'il sait très bien mettre son licol tout seul. Mais aujourd'hui, il était chaud, faisait froid, y avait du vent, il avait pas eu de foin, et il avait juste envie de gueuler à la terre entière qu'il était saoulé, et se faire coincer les oreilles dans une têtière, c'était trop. Mais au moins, j'ai pas pris de coup de tête et il n'a pas eu besoin d'une claque.

(Je conçois que je sois un peu "beaucoup" à lire mdr, mais merci de le faire quand même et de prendre le temps de réagir)

Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 23/03/2023 à 19h33

Update de la semaine:
- j'en ai marre de cette pluie constante et infâme !!!
- Pastor est enfin revenu à des niveaux d'énergie décents. Après avoir passé 3 jours d'affilée pendant UNE HEURE à le défouler, je suis pas fâchée (je suis courbaturée de ouf mdr)

Je suis contente de son évolution dans le manège. Ces derniers jours, on a bossé avec des cibles statiques (des cônes et son doudou le tapis) en carré juste dans la zone cauchemar. Le jeu est simple : tu touches chaque objet dans l'ordre que tu veux MAIS il faut changer à chaque fois. Le tapis est le plus proche de la porte, mais c'est aussi la cible jackpot vu que je nourris tant qu'il y reste...

Mardi il a été très grognon quand j'essayais de rester au centre du carré, il voulait pas trop s'approcher de la porte si j'étais pas entre. Aujourd'hui vachement mieux par contre, cercles aux deux mains, au pas à 5-7m de la porte ! Il serre encore un peu les fesses mais aucun démarrage ni saut artistique. J'étais super contente.

Point étrange: j'ai remarqué qu'il est très inquiet dans la carrière exactement au même endroit. Carrière et manège sont l'uns à côté de l'autre, séparés par un chemin d'environ 3m de large. Je peine vraiment à comprendre ce qu'il perçoit dans cette zone, mais pour le coup il n'a jamais eu de grosses frayeurs dans la carrière et il est plutôt relax partout ailleurs. D'autres chevaux réagissent dans le même coin du manège mais aucun soucis en carrière à ma connaissance...

Niveau gestion émotionnelle, je suis épatée. En liberté il peut développer une énergie de fou et redescendre en une poignée de secondes. C'est plutôt impressionnant. C'était un très bon travail pour moi aussi car ça m'a également aidée à rester ancrée.

Je tenterai peut être un retour en selle ce weekend.

Liquescence

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Posté le 24/03/2023 à 12h22

Je compatis pour le temps ?
Ça fait plaisir de lire un bilan si positif ! Bravo, tout ce que tu as mis en place paye !

Earphoria95

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Posté le 24/03/2023 à 12h52

yop!

c'est pas tant "beaucoup" a lire car c'est interessant, mais du coup quand ca amene reponse faut prendre un peu le temps, sinon ca appauvrit l'echange je trouve.

sur le coté coercitif / maltraitant / gros progres a faire du coté des pro , je suis tout a fait d'accord.
sur le mouvement animaliste aussi, mais comme tu dis la france a ses specificités (rien que le monde des courses qui brasse un pognon de fou) qui fait qu'a mon avis on a encore un peu de temps avant de voir debarquer ca aussi violent ici.
c'est pas pour autant qu'il ne faut rien faire, dans tout les cas une interdiction de certaines pratiques et l'amelioration des exigeances en cadre de vie c'est toujours du bon a prendre pour les chevaux.

apres a lire ta réponse j'ai quand meme l'impression que tu crois que je trouve legitime de mettre des corrections aux chevaux ? enfin la maniere dont c'est tourné je suis pas ultra suceptible mais je tique un peu. J'ai juste dit que dans certaines situations, je trouve que la notion de confort/ inconfort elle est pas a jeter. Ca veut pas autant dire qu'on en est a à dérouiller le poney a coup de stick ou pire.
Chacun a son curseur d'acceptable et de sensibilité a des endroits differents.

Je sais que sur des situations d'urgence (typiquement un transport pour galere veto , une galere en rando qui necessite des soins peu confort sur place par exemple) , je mets ma securité et celle de mon cheval avant les considerations ethiques. Ca n'empeche pas de travailler en amont pour rendre ca le plus tolerable a l'animal, mais si a un moment y'a pas le choix je vais pas me faire un ulcere.

condoleances pour la meteo immonde, ici c'est pas fou fou non plus

Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 24/03/2023 à 22h35

earphoria95 c'est vrai que l'impact du monde des courses en France est probablement vachement plus lourd que n'importe où ailleurs. Mais je me dis que ça peut quand même faire boule de neige. Enfin en Belgique, c'est pas tellement que le système économique est fort, j'ai juste l'impression que les gens ont pas internet et connaissent en majorité que ce qui se fait à 20km autour d'eux. C'est pas une mauvaise attitude pour certaines choses mais parfois... Ça me donne envie de hurler quand même. Et au bout d'un moment, ça va forcément leur retomber dessus à tous ceux qui sont toujours branchés sur le mode "ça fait 30 ans qu'on fait comme ça et c'est très bien"

Étant donné que tu as donné un exemple pour aller en concours (qui n'est ni indispensable pour le cheval, ni pour le cavalier) oui c'est en effet ce que j'ai compris. Que l'aversif est justifiable pour obtenir ton but au détriment du ressenti de ton cheval. Je suis contente de lire que je me suis trompée . En matière d'urgence (pour l'humain, ou le cheval), on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a sous la main et je ne connais personne - même parmi les clicker trainers les plus hardcores - qui diront qu'il vaut mieux laisser crever un cheval plutôt que le contraindre à monter ses fesses en van pour aller en clinique. Néanmoins de mon point de vue, on est au delà de la conversation confort / inconfort dans l'éducation quotidienne avec ce cas là.

En effet, chacun met le curseur où il veut et je pense que ça change aussi au fil du temps. J'ai eu une phase durant ma formation où j'étais genre "100% R+ forever". Maintenant où je suis à creuser les sujets de motivation intrinsèque, les émotions et ce qui se passe dans différents types de cerveau durant un apprentissage en R+ ou en R-... C'est compliqué en fait. Y a aussi les cas où je vois quelqu'un entraîner en R+ un animal qui est hyper tendu et frustré, et c'est pas ma philosophie non plus. Mais je vais pas pour autant défendre les coups secs sur un licol en corde à un poulain qui a dépassé de 30cm parce qu'il a été distrait par un papillon, juste sous prétexte qu'un mois plus tard, il moufte plus et ferait tout pour éviter de dépasser l'humain. Simplement parce que c'est pas si compliqué d'éduquer différemment dans ce cas-là.

C'est pas parce que ça marche qu'on peut pas mieux faire, et peut-être que je mets les standards trop hauts, mais dans 98% des cas, je suis d'avis qu'on peut mieux faire. Cela dit, c'est un jugement qui n'engage que moi (oui je juge un peu, je l'admets, mais c'est surtout dirigé sur ma propre évolution et l'avis que moi je ne fais toujours pas assez bien). D'ailleurs ce n'est pas pour rien que je tiens ces propos ici, assez peu dans d'autres sujets sur CA et sûrement pas sur les réseaux sociaux. Je suis contente d'échanger ici avec ceux que ça intéresse et qui ont envie, mais j'ai très honnêtement la flemme de jouer celle qui débarque avec des vérités toutes faites et part en guerre contre ceux qui pensent différemment. Si lire mes réflexions vous intéresse, tant mieux, au quotidien vous en faites bien ce que vous voulez et au final, c'est pas mon problème

Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 25/03/2023 à 23h07

Bon, je me lance dans mes réflexions au sujet du contrôle. J'espère que ça sera clair, c'est un sujet qui me fait beaucoup réfléchir pour le moment. Ce qui va suivre est un mix des questions que je me pose, des expériences que je fais, et de ma compréhension / interprétation de mes cours et lectures des derniers mois. Parfois je pose ici des choses qui sont vraiment avérées (dans l'état actuel des connaissances). Cette fois-ci, c'est vraiment centré sur ce qui me travaille, donc même si j'ai pas tiré ça d'un Kinder surprise... Probablement que je me trompe / ai mal compris certaines choses.

Pourquoi ce sujet du contrôle ? D'abord, parce que c'est un sujet constant dans le monde équestre. Contrôler les pieds, contrôler les émotions, ... Je ne sais plus si j'ai déjà évoqué cette anecdote ici, mais au tout début où j'avais Pastor, j'ai pris quelques cours d'équitation éthologie et un jour, je raconte ça à un collègue qui n'y connaît rien. Pourquoi le contrôle apporte sécurité etc, le concept du confort / inconfort jusqu'à la bonne réponse. Il m'a répondu, avec un éclat de rire "mais t'es un bully (harceleuse) en fait !" J'ai pris un mur en pleine face, et c'est de là que part tout ce que je raconte ici depuis bientôt deux ans. Mais on parle toujours du contrôle de l'humain sur le cheval et pas du cheval sur lui-même (voir du cheval sur l'humain. Oui oui. Les chevaux les plus malins contrôlent leurs humains et les entraînent autant que l'inverse)

Pourquoi est ce que ça me travaille à nouveau maintenant ? Dans les mieux behavioristes, on entend souvent dire "le contrôle c'est le renforçateur primaire le plus important" et autant l'idée m'a toujours paru sensée (qui n'aime pas faire ce qu'il veut, quand il le veut ?), autant j'avais jamais conceptualisé l'idée pour les animaux avant le cours avec Dr Friedman. Elle nous parlait du lien entre éthologie et théories de l'apprentissage, et en est arrivée à cette réflexion Pourquoi nos comportements évoluent-ils ? Pourquoi les animaux ont-ils des comportements qui sont +/- innés à l'espèce mais que chaque individu agit de sa propre façon ? . On peut penser survie personnelle et de l'espèce mais si on prend les animaux domestiques... Bé pas grand chose est lié à leur survie directe. Un cheval apprend pas à faire le bisou pour avoir des carottes sous pression de son instinct de survie.

Sa réponse était (et c'est juste une opinion, ni les behavioristes, ni les éthologues n'ont apporté de "preuve" dans un sens ou dans l'autre, à ma connaissance) parce que le propre de changer de comportement est d'avoir un contrôle sur les conséquences de nos actes. Cette réflexion m'a flambé le cerveau, parce que j'ai une forme de trouble d'opposition et j'ai passé BEAUCOUP DE TEMPS quand j'étais à l'unif à faire exactement l'inverse de ce que certains de mes profs attendaient juste parce que leur façon d'enseigner était basée sur la peur / le contrôle. Or, j'ai préféré me mettre dans le pétrin, juste parce que je voulais montrer que j'étais maître de mes actes. Et ça continue dans ma vie professionnelle d'ailleurs (je remercie mon employeur qui a compris ça et par conséquent, me laisse de l'air pour éviter que je fasse ch*er par principe).

Fun fact je suis en train de lire "The Neuroscience of You" de Chantel Prat, dont un des chapitres se penche sur les préférences d'apprentissage (R+/R-) chez l'humain. C'est très intéressant, car il s'avère que certaines personnes ont des gênes qui gère l'influx de dopamine différemment lors de l'évitement d'une conséquence négative ou l'obtention d'une conséquence positive. Donc certaines personnes ont un cerveau qui aura tendance à prendre des risques pour obtenir une récompense (même si la probabilité est haute de recevoir une "punition") tandis que d'autres personnes vont préférer éviter l'inconfort potentiel et tanpis s'ils y perdent quelque chose. Dans ces études, la "punition" était un feedback négatif sur un écran, donc rien de physique. De mon point de vue, ça rendre dans la case mais y avait aucun risque en fait. Il est possible de participer à cette étude sur le site de Prat, je l'ai donc faite (avant de lire le chapitre qui explique la procédure évidemment). C'est long et chiant, ça m'a frustrée de ouf, et le résultat est que ma préférence d'apprentissage est à 100% en R+. Tout le monde est surpris, n'est-ce pas.

Bref, tout ça c'est pour l'humain, donc en quoi c'est pertinent ici ? Toutes ces fonctions basiques du cerveau sont apparemment assez similaires chez tous les mammifères et je crois qu'on a tous rencontré des chevaux qui vivent très différemment des apprentissages similaires, avec des méthodes similaires. Le seul point d'interrogation que je rajouterais dans la balance, c'est que l'humain rationnalise probablement beaucoup mieux le risque confort/inconfort quand il est face à la probabilité d'être récompensé ou puni et que même si nous sommes - comme le cheval - des animaux sociaux (ce qui rend la coopération nécessaire à notre survie), nous ne sommes pas des proies.

J'ai déjà lu plusieurs argumentations quant au fait que de part son éthologie, le cheval s'éduque mieux en R-, parce que son but dans la vie c'est qu'on lui foute la paix et pas être dans l'inconfort. D'une certaine façon, je suis d'accord (sur l'idée générale, pas sur le fait qu'on devrait continuer de faire comme ça ;-) ). Le R- est efficace avec le cheval car la plupart des individus (et c'est là que l'éthologie a donc ses limites) vont préférer fuir / éviter un inconfort plutôt que de le combattre. C'est probablement pour cette même raison que les soigneurs de zoo travaillent majoritairement en R+, parce que le confort/inconfort avec un gorille ou une lionne, c'est un tantinet plus risqué.

Je reviens donc sur le sujet du contrôle (de l'animal, sur sa propre vie, et non pas de l'humain sur l'animal). Le but d'un bon entraînement (en R- ou en R+), c'est que l'animal comprenne ce qu'on attend de lui et puisse exécuter la tâche attendue sereinement et rapidement. D'une certaine manière, ça lui donne donc du contrôle sur sa vie. Certes, il ne choisit pas où et quand il est entraîné, où il vit, ni ce qu'il mange, mais prenons un cheval qui a reçu une excellente éducation en équitation éthologique et qui est manipulé au quotidien par des gens qui ont une solide connaissance de la méthode : en pratique, ce cheval ne vivra pas souvent des inconforts. Simplement, parce qu'il a appris comment réagir pour les éviter.

En R+, la situation est inverse, mais on en revient au même point. La philosophie de la plupart des entraîneurs R+ étant basé sur le choix, on vise à éviter que la nourriture soit une forme de chantage. C'est pour cette raison qu'on commence par travailler une attitude par défaut qui sera toujours "récompensable" et qu'on travaille souvent deux comportements en parallèle. Quand c'est possible (surtout au début) on recommande aussi d'entraîner le cheval à proximité d'une source de nourriture en libre accès. Ainsi, le cheval a toujours des options pour obtenir une récompense même s'il "n'obéit pas" à proprement parler. Il contrôle donc les conséquences de ses actes.

Cependant, on peut encore compliquer la question ( si vous êtes toujours là) en parlant du continuum entre la motivation intrinsèque (ce que je veux faire) et la motivation extrinsèque (ce que je vais faire en fonction d'une conséquence). Il y a tout un tas de variation entre ces deux points, mais je ne vais pas aller dans les détails parce que je ne les maîtrise pas. Un apprentissage en R+/R- fait le plus souvent intervenir la motivation extrinsèque : on débarque pour enseigner au cheval un truc qui nous arrange, et on obtient sa participation en raison des différents renforcements qu'on a à disposition. Si on retire l'humain de l'équation, on peut dire : le cheval veut aller brouter l'herbe de l'autre côté de la clôture (motivation intrinsèque) mais il ne le fera pas pour éviter le choc électrique au contact du fil (la motivation extrinsèque a pris le pas).

Mais... Imaginons que j'enseigne l'immobilité:
Exemple 1: Mois de juillet, 30 degrés à midi, je travaille exclusivement en R-... Or Pompon, tout ce qu'il veut, c'est faire la sieste sans bouger un pied. L'apprentissage se fait-il sur base de l'inconfort, ou du fait que Pompon obtient ce qu'il veut lui ? (Et donc en fait, c'est un R+ ?)
Exemple 2: Fin d'une grosse période de gel, Tempête n'a pas pu bouger suffisamment depuis deux semaines, et je travaille l'immobilité en R+ dans un beau grand manège au sol parfait. Est-ce que mon R+ ne devient pas coercitif étant donné qu'il va profondément à l'encontre de ce que veut Tempête ? (Et donc en fait, c'est une punition négative du fait de courir / bouger ?)
(Utiliser ce qu'un animal veut pour le renforcer dans un apprentissage, ça s'appelle "Le principe de Premack")

Ces exemples font un peu une boucle sur le fait que R+ et R- ce ne sont pas des méthodes, car c'est profondément ancré dans la perception de l'apprenant. Avec des animaux non-verbaux, on peut pas forcément savoir avec 100% de certitude ce qui a renforcé l'apprentissage. On peut pas dire "gratouilles = R+" avec certitude, par exemple (sauf en observant les modifications de comportement dans le temps, en changeant les variables)

Ces réflexions m'amènent à une expérimentation que je fais depuis quelques semaines, à savoir travailler en R+ mais sans le marqueur. J'ai remarqué une différence d'attitude assez notable chez Pastor dans certaines situations où je ne veux pas nécessairement qu'il "fasse" quelque chose, mais où j'utilisais le click/récompense car il faisait un truc qui me plaît. Or, si je marque, c'est moi qui prends le contrôle de la situation. Le marqueur crée un attente, cela signifie si tu répètes le bon comportement maintenant, tu auras encore plus de bouffe. Ce qui est très contre-productif dans certaines situations. Alors que si je laisse tomber le marqueur, je peux "rajouter une couche" de positif sur quelque chose qu'il a décidé de faire par lui-même... Ce qui rend sa décision encore plus cool. Mais c'est lui qui décide quand il la reproduit, je ne la conditionne pas à un code, donc il n'y a pas d'attentes.
(Note: je ne pense pas que ça fonctionnerait avec un cheval qui n'a pas l'habitude de travailler avec des récompenses, et pour qui le simple fait d'introduire la bouffe dans le travail crée déjà une attitude de recherche de "quoi faire pour en obtenir plus")

Si vous doutez de ce que je viens de dire plus haut, parmi les entraîneurs au clicker avec une certaine expérience, il est bien connu qu'il est possible de faire disparaître un comportement indésirable en "le mettant sur code". En pratique, ça signifie qu'on entraîne ce comportement comme si on souhaitait développer un nouvel apprentissage. Par exemple: une jument qui se cabrait n'importe quand par jeu, qui a été récompensée pour le cabrer, a appris à se cabrer sur demande, à qui on a ensuite demandé plein de fois de se cabrer sur demande... Et qui désormais, ne se cabre plus par elle-même. Parce qu'en mettant le comportement "sur code", ce n'est plus sa motivation intrinsèque qui entrait en jeu, mais le fait de faire cela "pour l'humain". Personnellement, c'est le genre de trucs qui paraît absurdes (pourquoi est-ce qu'un cheval ne reproduirait pas encore plus un comportement indésirable si on le récompense pour ?) Pourtant, ça marche (pour autant que l'animal ne fasse pas quelque chose d'indésirable par peur, douleur physique, etc), et y a beaucoup d'exemples.

Le processus évoqué ci-dessus, ça s'appelle le stimulus control à savoir : on veut qu'un animal ne produise un comportement que quand on a donné le code (y a d'autres "règles" dans la définition mais je les laisse volontairement de côté). Je parle beaucoup de R+ ci-dessus, mais le même principe existe en R- : on a des codes pour le reculer, pour partir au galop, etc. A priori, on ne veut pas que le cheval fasse ce qu'il veut, n'importe quand.

Mais je trouve personnellement intéressant de tenter d'aligner la motivation du cheval avec la nôtre. Une motivation intrinsèque peut devenir extrinsèque (comme explicité ci-dessus), mais a priori dans l'autre sens, ça fonctionne aussi (exemple humain : pratiquer la course à pied parce que c'est bon pour la santé et finir par y prendre goût et y aller juste pour le plaisir de courir). Un cheval bien travaillé, qui est en forme physiquement, a ses besoins de cheval rempli, peut-il prendre plaisir à piaffer car il se sublime, maîtrise son corps, se sent fort et puissant ? Je pense que oui, mais ça sous entend que nous, humains, devons abandonner notre désir de contrôler le cheval et lui rendre la liberté mentale de nous emmener là où il veut. Attention, je ne dis pas qu'il faut laisser les chevaux faire n'importe quoi, n'importe quand :-) Juste ouvrir la porte à poser la question Ok, qu'est ce que toi tu veux faire maintenant ?

Et pour les sceptiques qui pensent "ouais enfin du coup, le canasson, il passerait sa vie à brouter et rien faire d'autre", je balance au final le concept du contra-freeloading, qui a été étudié dans plusieurs espèces animales (et pas forcément les plus proches de l'homme, par exemple avec des rongeurs). Ayant le choix entre de la nourriture à disposition et un puzzle / une tâche à résoudre pour obtenir la même nourriture, les animaux choisissent de résoudre la tâche pour obtenir leur récompense. J'ai l'exemple d'une jument, terriblement inhibée, qui pendant des mois de travail en R+ ne voulait rien faire si on lui laissait le choix et qui a totalement changé quand sa propriétaire a commencé à lui proposer des exercices où ne rien faire était une option aussi acceptée que faire des choses compliquées. Et qui a ignoré un seau de carottes à côté d'elle, et choisit de partir à l'aventure dans des barres au sol (dont elle était terrifiée), contourner des plots pour aller chercher d'autres carottes. Et ça a TOUT changé dans son attitude par la suite. Juste parce qu'elle a eu le choix.
J'ai pas d'exemple similaire pour des cas de R- en revanche (j'ai pas encore pris le temps de réfléchir si ça me paraît cohérent / probable / possible - je viens juste de me faire la réflexion. Je vais juste dormir une heure en moins cette nuit probablement).

Liquescence

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 27/03/2023 à 11h12

Mais c'est ouf le questionnaire dis !! J'ai du mal à saisir le "comment", mais visiblement on est vraiment aux antipodes niveau cerveau, j'ai 31% carott 81% stick. Donc je suis plus sensible au fait d'enlever la pression c'est ça?

Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 27/03/2023 à 18h28

liquescence oh génial tu as eu le courage de le faire !! Ah oui on a des résultats vraiment différents . Pour être plus exact, ça veut dire que tu es plus sensible au fait d'éviter des actions dont les conséquences sont prédites comme négatives / désagréables par ton cerveau.
L'apprentissage est plus marqué si les conséquences d'une action sont très différentes par rapport aux attentes du cerveau. Par exemple, un humain appelle une connaissance dont il a une bonne opinion pour proposer une sortie ciné. L'interlocuteur répond de façon très désagréable et hautaine. Impact+++ sur le cerveau, par rapport à la même situation où l'interlocuteur aurait déjà été perçu comme quelqu'un de désagréable et sa réaction n'aurait pas eu autant d'impact (étant donné qu'elle était considérée comme probable)
Je t'envoie un truc supplémentaire en PV ;)

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Update poney ! Trois jours du même programme : courir / faire n'imp dans le rond de longe, apprivoiser le manège, se balader dehors. La météo était dégueu, donc foutu pour foutu, dimanche j'ai été courir dans les flaques avec lui. Il a eu l'air de kiffer. Petite promenade ensuite, on a été plus loin que samedi, il avait l'air curieux.

Aujourd'hui je pars aux écuries sous la neige, j'y arrive sous un grand ciel bleu (y a 7km mdr). Merci le mois de mars. On commence par une petite balade en main pour l'echauffer un peu, il a été adorable. On a rajouté un bon morceau par rapport à ce weekend et il a parfaitement géré. Un peu de ciblage pour cadrer son attention dans un bout de forêt où il était inquiet, sinon des récompenses aléatoires (et sans clic) quand il était chill.

Ensuite rond de longe, j'ai fait mon jogging avec lui. J'ai bien couru omg, j'ai vraiment poussé pour le faire allonger. Il est resté scotché à mon épaule (je cours à l'extérieur et lui fait le cercle intérieur). Il a l'air de bien aimer ce simple fait de courir ensemble. Ensuite j'ai profité de son énergie pour improviser des quiebros. Hyper facile vers sa droite, vers sa gauche c'était plus difficile. Il faisait un mouvement latéral mais sans "temps de suspension". Je vais pas répéter ça trop souvent, mais ça pourrait être intéressant de voir comment le mouvement évolue.

J'aime beaucoup son attitude ces derniers jours. Il est vif mais curieux, je le trouve plus détendu, moins frustré. Je ne suis pas montée ce weekend, flemme vu la météo de mxrde et j'avoue que je m'amuse beaucoup à pieds en ce moment. Peut être en selle demain, on verra. J'ai croisé mon coach samedi, qui a pris des nouvelles et a validé+++ l'approche à pieds avant de reprendre en selle. En avril peut être ?

Et finalement, je suis repartie sous la neige mdr




Uneraell

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Pastor de vara, histoire d'une leçon d'ancrage
Posté le 30/03/2023 à 18h50

Mardi : j'ai fait du poney ! Il faisait froid mais beau, pas de vent, le toit du manège craquait un peu sous le dégel mais j'ai trouvé les conditions pas si pires pour tenter un retour en selle. Donc on a travaillé à pieds d'abord pendant environ 25mn. Pastor a eu deux gros sursauts avec désolidarisation des 4 pieds et du sol suite à des bruits soudains, mais plus ça allait, plus il se posait. Il a été capable de faire des cercles aux deux mains, au pas en rasant le mur de la terreur... Donc en selle !

Bon là évidemment, c'était plus tendu. Mon carré de cônes a bien aidé, il a continué de les viser. J'ai pu faire des cercles aux deux mains sur la première ligne des cônes. Y a eu quelques bruits où il s'est figé (alors que c'était dans son dos !) mais rien de plus. Je suis descendue après 5mn, le but c'était pas de bosser en selle et c'était l'heure du foin dans l'écurie à côté, donc il commençait à y avoir du ramdam... Au moins on a fini sur du très positif !

Fin de journée, appel de l'écurie : ton cheval n'a pas mangé, est ce qu'on s'inquiète ? Ça fait deux jours qu'il mange pas à cause du psyllium dans sa ration, donc j'ai arrêté de lui en mettre. Faut croire que ça sentait encore dans la mangeoire . Je suis repassée le soir, tout bien nettoyé, il m'a observé avec beauuucoup d'attention... Et dévoré sa nouvelle ration. Merci poney.

Aujourd'hui : on commence par la nouvelle qui fait plaisir, confinement des chevaux car épidémie de rhino déclarée . Le temps que j'aille chercher mon licol : tempête. J'ai galéré à fermer les portes de l'écurie tellement c'était le déluge, je suis restée planquée là 20mn avant de pouvoir aller chercher Pastor.

Magnifique éclaircie ensuite donc balade à pieds. Il est allant, on va encore un sacré morceau plus loin, je me tate à faire le tour du bois... Jusqu'à ce que j'entende un coup de tonnerre. Ok. Le ciel au loin est noiiiiir donc je fais demi tour. A mi chemin je réalise que les nuages vont plus vite que nous, donc on se fait un petit trot dans le chemin. A 150m de l'écurie, on prend un nouveau déluge sur la face.

Pastor refusant catégoriquement d'avancer face à la pluie, ça a été le gag. J'ai essayé deux fois de rentrer en marche avant : pétage de plomb. Ok. Tanpis on prendra l'eau. Après genre 10mn à se faire rincer, il a commencé à en avoir marre, donc il a enclenché la marche arrière. Sauf que les lignes courbes le long d'une clôture en reculant, c'est compliqué. Après 30m, ça l'a suffisamment saoulé pour qu'il daigne se mettre face à la pluie. Le nez entre les genoux, avec de grands lancés d'anterieurs fâchés, on a pu rentrer. QUELLE DRAMA QUEEN. (En vrai il faisait pas froid, on était sur la propriété de la pension, j'me suis dit qu'il finirait bien par changer d'avis mdr). La prochaine fois qu'on sort sous la pluie, je lui mettrai son masque à mouches
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